L' entretien

Notre Premier invité Ugo Bernalicis Député du Nord.

Questions de Gabriel Amard : Ugo tout d'abord bravo pour votre élection en tant que député de la Nation. Vous siégez à la commission des lois. Votre première prise de parole à l'assemblée nationale fut un coup d'éclat remarqué. Vous en tirez un enseignement pour la mandature?

Ugo Bernalicis : " Ce n’est pas parce qu’on est un jeune député, dans une commission prestigieuse qu’on doit se censurer face à des “stars” comme Valls ou Ciotti. La leçon de cette séquence c’est qu’on doit défendre nos convictions chaque fois que l’occasion nous en est donné et prendre tous les espaces possibles de parole. Surtout que nous sommes la seule opposition cohérente et conséquente. Dorénavant nous serons respectés et écoutés sur des thématiques aussi abruptes que l’état d’urgence et le terrorisme"

GA : Autre sujet, pourriez vous nous aider à faire comprendre en quoi légiférer par ordonnances est un déni de démocratie?

UB: "Les ordonnances sont comme un 49.3 sans possibilité de censurer, de faire tomber, le gouvernement. La loi que nous examinons définit des périmètres sur lesquelles le gouvernement pourra prendre des ordonnances, c’est-à-dire des dispositions qui ont valeur de loi sans validation par les parlementaires. C’est un déni de démocratie. Tant que les ordonnances ne sont pas prises concrètement, on ne peut pas être sûr de leur contenu. Le gouvernement peut donc raconter ce qu’il veut, ces paroles n’engagent que ceux qui y croient.
D’ailleurs les rares informations que l’on a sur le contenu des futures ordonnances sont : des hypothèses en lien avec les prises de parole du gouvernement et du président Macron, et la fuite qu’il y eu dans la presse. C’est un peu léger en terme d’information et de transparence. On peut dire que le gouvernement avance masqué.
C’est donc compliqué pour les syndicats de se mobiliser contre des attaques qui n’existent pas encore. Et c’est bien le but de la manoeuvre."

GA: Avec Adrien Quatennens, Daniele Obono et les 17 députés de la FI vous avez déposé 132 amendements à la Loi d'habilitation en question à propos donc du Code du Travail . Dans le texte du gouvernement qu'est ce qui vous paraît le plus dangereux pour la vie des salariés et précaires ?

UB: "La couleur anti-sociale est annoncé d’entrée de jeu dès l’article 1. Il prévoit que l’entreprise puisse déroger à l’accord de branche sur son bon vouloir. Cela vient définitivement valider l’inversion des normes qu’avait initié la loi El Khomri. Autrement dit, des syndicats peuvent négocier des avantages dans une branche, par exemple en terme de temps de travail, et une entreprise pourrait unilatéralement décider de ne pas l’appliquer. Conséquence : l’accord ne sert à rien et tout le monde est tiré vers le bas, puisque les autres sont obligés de s’aligner sous peine de ne plus être compétitif. Cet article est également celui qui prévoit d’assouplir les conditions de licenciement, permettant à une entreprise des clauses “maison” sur le licenciement : un niveau de rendement, une manière de se comporter, etc. La seule limite est celle de l’imagination, ce qui peut vite se transformer en abus et injustices.
Dans l’article 2, il est prévu de procéder à la fusion des différentes instances de négociation au sein de l’entreprise. Une seule pour remplacer les représentants du personnel, le comité d’entreprise et le comité hygiène, sécurité et conditions de travail. Si ces différentes instances existent c’est bien pour prendre en compte des problématiques et des situations différentes qui n’auraient pas été prises en considération autrement. Pour Macron et le Medef, la finalité est la suivante : diminuer le nombre de délégués du personnel et de cadres de négociations sous couvert de simplification. Il est sûr que c’est plus simple d’imposer que de négocier.
Pour nous l’objectif est évident : tout le contraire ! Nous ne voulons pas de cette loi travail XXL et de son monde. C’est dans ce sens que nous avons déposé un certain nombre d’amendements de proposition et pas seulement de suppression. Par exemple, on propose de donner le donner le droit au gouvernement de faire des ordonnances pour rétablir la hiérarchie des normes et le principe de faveur. Vous avez compris l’astuce ;-) !

Retrouvez la bio de Ugo Bernalicis : http://www.ugobernalicis.fr/a-propos/