France

Si Jean Luc Mélenchon parle de « l’homo-urbanus », il existe je crois un « homo-ruralus », personnage isolé socialement, aux prestations de services publics faibles, véritable victime de la mondialisation sauvage, et abandonné des politiques publiques.

Ce personnage, c’est Jean. Jean ne prend plus le café en face de la verrerie, usine familiale depuis 1890, rachetée par un grand groupe, puis mise en liquidation. Non, il ne boira plus jamais son café, dans le bar, comme tous les autres ouvriers, et salariés, précipitant le barman au chômage, la brasserie à la faillite. Alors, médusé, il prend sa voiture, et refait le petit trajet, qu’il effectuait chaque matin pour se rendre sur son lieu de travail. Plus personne, pas un bruit : le silence. Juste quelques regards vides, osent se manifester de derrière les fenêtres, ceux des anciens travailleurs de la verrerie, qui comme s’ils avaient honte, préfèrent ne plus arpenter ces rues pleines de souvenirs. Ils ne le feront que pour récupérer leur chômage, ou leur pension.

Comme un jeu de dominos, Jean a vu aussi le bureau de poste clore son dernier guichet. La banque est à plus de 15 km, et ni internet ni le téléphone ne passe. Sa mairie n’ouvre plus qu’un jour par semaine, car l’État économise sur les attachés territoriaux. Les démarches pour le paiement de ses impôts ne peuvent se faire qu’en format papier, et la sous-préfecture n’assure plus les services d’accueil et d’aides. Tout passe par la métropole régionale, à qui tous les pouvoirs sont conférés.

En rentrant de sa journée, il se demande, si les travaux de la nouvelle autoroute, payée par ses impôts pour le bénéfice de Vinci, qui passe à 700 mètres de sa maison ne va pas ruiner sa vie. Il se demande si cet argent qu’il donne chaque jour à l’État, par la sueur de son front, n’est pas qu’une bulle pour des avantages, qu’il ne peut avoir. En effet, la bibliothèque municipale a fermé faute de moyens, et la cantine auparavant gratuite pour les chômeurs est redevenue payante.

Pire encore, la classe dans laquelle étudie sa petite fille de 8 ans va fermer. Celle de sa grande fille voit l’effectif s’établir à 35 élèves, seule méthode pour limiter les coûts. Alors, oui, notre « homo-ruralus », le soir aimerait regarder sa télévision, dont il paie plus de 120 euros de redevance chaque année, mais l’antenne intérieure suffit à peine pour avoir quelques minutes, sans crépitement. Fatigué des migrations pendulaires, l’obligation de travailler loin en ville, dans les « méga – cities », comme disent les anglais, il se désespère de voir son fils de 19 ans, revenir chez lui, sans travail, car n’ayant pas les moyens de se payer un permis pourtant vital dans les campagnes. Jean sait qu’il aimerait continuer ses études, mais sans emploi, il ne peut être garant, pour son fils qui cherche un appartement, pour ses études à Lyon. La maladie de son fils multiplie encore les trajets fréquents chez le médecin, et c’est chez monsieur Durand qu’il se rend, car c’est le seul médecin des environs, même s’il a une semaine d’attente. A cause de l’asthme, peut être devra t-il emmener son fils à l’hôpital, surchargé, qui s’établit à plus de 45 minutes de chez lui, si ça roule bien ! Dommage que celui à 10 km ait fermé l’année dernière. Entre les coûts et le temps démultipliés, l’homo-ruralus, espère de la considération, de la reconnaissance. Il reste seul, tapi dans le silence et la honte de ceux qui crient mais dont les oreilles politiciennes, attardées sur Paris, ne peuvent entendre les tourments partagés par chacun de ces hommes et de ces femmes, qui n’ont d’autres choix parfois que le suicide, comme ces 360 agriculteurs chaque année.

Alors, oui la ruralité est importante : n’oubliez pas les campagnes !

Sylvain Begon – 20 Ans
Étudiant en Science Politique – Président des Eco-Citoyens.