France

Cela fait plusieurs fois que nos chemins se croisent. La première fois c'était pour la caravane insoumise à Agen. Elle était là, Céline Boussié, tenant fièrement sa pancarte "Lanceurs d'alertes insoumis". Alors candidate aux législatives sous les couleurs de la France Insoumise.

Mais ce n'est pas cela qui fait parler d'elle. C'est son combat. Que je connais trop bien. Moi, soignante en EHPAD. Toujours en équilibre sur le fil de la bientraitance. Tiraillées entre notre amour du travail et des directions toujours plus en demande de rendement. Céline, elle, a connu le pire. Pour elle, mais surtout pour les enfants du centre où elle travaillait.

C'est la veille de son procès que nos chemins se croisent à nouveau. Lors d'un débat sur la loi travail organisé à Toulouse.

Elle me dit être fatiguée. Elle enchaîne les interviews : Radio 4, France 3 Occitanie. "Le téléphone n'a pas arrêté de sonner". Demain Céline passe devant le Tribunal de Toulouse. Elle est attaquée pour diffamation par la direction de l'Institut Médico-Educatif de Moussaron (Gers). C'est lorsqu'elle y travaillait qu'elle a dénoncé des maltraitances envers les enfants polyhandicapés. C'était en mai 2013. Faits avérés par un rapport de l'ARS en Juillet 2013. En Janvier 2014, l’émission zone interdite diffuse un reportage « Enfants handicapés : révélations sur les centres qui les maltraitent », dont des images prises en caméra cachée de l'IME de Moussaron. Plus récemment, en 2016 le rapporteur de l'ONU cite l'institut de Moussaron. Alors quand je lui demande comment elle se sent pour demain elle me répond "Je vais bien. Parce que si moi je mens alors tout le monde ment."

L'émotion est là. Elle me confie "Demain ça va être dur. Il y aura les témoignages des familles." Les mots peinent à venir. "Quand on sait de quoi on parle... De maltraitance... De décès d'enfants..." Nous parlons aussi de son statut de lanceuse d'alerte et du manque de protection "En 2014, j'ai eu une protection de la préfecture, c'était trop tard. J'ai tout perdu. J'ai pris une valise j'y ai mis les affaires des gamines [ndlr : Céline a 2 filles] et je suis partie. J'ai quitté ma maison."

Lors du débat elle évoque la condition des lanceurs d'alertes. "Lanceurs d'alerte ce n'est pas un métier. Ce n'est pas un avenir." Procès en diffamation. Cible d'intimidation, de harcèlement. Dans l'impossibilité de se reconstruire. "Nous, lanceurs d'alertes, nous sommes les derniers remparts lorsque les contrôles sont inexistants ou défaillants. Nous restons des garants de la démocratie." Elle cite alors une liste non exhaustive de lanceurs d'alertes dont 16 d'entre eux ont écrit une lettre de soutien envoyée à la ministre de la santé Agnès Buzyn. "Dans une société fonctionnant normalement, le lanceur d'alerte ne devrait pas exister." On en est loin. La nouvelle loi travail va encore réduire la faible protection des lanceurs d'alertes, en réduisant les critères des délits dénoncés par ceux-ci. C'est un détricotage de la loi de 2016, la vidant ainsi de son sens.

Elle clôturera sa prise de parole par une citation de Nelson Mandela "L'honneur appartient à ceux qui jamais ne s'éloignent de la vérité, même dans l'obscurité et la difficulté, ceux qui essayent toujours et qui ne se laissent pas décourager par les insultes, l'humiliation ou même la défaite." Témoignant ainsi de son état d'esprit face à ces 4 dernières années et à la veille de son procès.

Mardi 19 septembre, un rassemblement est prévu à partir de 13h devant le Tribunal de Grande Instance de Toulouse pour soutenir Céline Boussié.
Nous communiquerons la décision du Tribunal dans la soirée.

Ninon GILLET