France

Admission Post Bac (APB), le logiciel en ligne qui opère la sélection à l’entrée des études supérieures, déraille. Les critiques fusent de partout, jusqu’à la Ministre de l’Enseignement Supérieur, Frédérique Vidal, pour qui « le système (…) est à bout de souffle ». Mais ces critiques ne cachent-elles pas le véritable rôle d’APB : entretenir les inégalités ?

La publication annuelle du syndicat étudiant UNEF, sur l’accès à l’université, le montre : après les résultats APB de Juillet 2017, 87.000 étudiants se retrouvaient sans proposition d’inscription pour la rentrée. En cause : “la baisse des capacités d’accueil, le manque d’information et la hausse de la sélection” selon l’UNEF.

Le désengagement de l’État est un des problèmes : « Ces dernières années, le budget par étudiant-e n’a cessé de diminuer. Il est passé de 11 040 euros en 2011 à 10 300 aujourd’hui », insiste l’UNEF.

Pourtant le nombre d’étudiants explose : En 2014-2015, on comptait 2 470 700 étudiants, chiffre en augmentation pour la sixième année consécutive : + 7 % entre les rentrées 2009 et 2014, soit plus de 157 000 nouveaux étudiants en cinq ans.

Or le système est déjà, à la base, inégalitaire. Pour exemple, en 2013, l’état dépensait :

  • 10 850 € pour un étudiant d’université publique ;
  • jusqu’à 14 850 euros pour un élève de classe préparatoire aux grandes écoles.

L’accès aux études est en réalité inégalement ouvert, ne concernant que :

  • 79 % des enfants de cadres ou de professions intermédiaires ;
  • 46 % des enfants d’ouvriers ou d’employés.

Mais la sélection sociale est particulièrement flagrante dans les formations d’élite. Sortir diplômé d'une grande école ou de l'université à un niveau bac + 5 ou plus, concerne :

  • 30 % des enfants de cadres ;
  • 7 % des enfants d'ouvriers

Moins de financements publiques c’est donc encore plus de sélection sociale !

En effet : le 13 juillet dernier, la Ministre de l’Éducation Supérieure - dont dépendent les universités - annonçait une nouvelle baisse de ses crédits de 180 millions, tandis que le projet de loi de finances, présenté mercredi 27 septembre, prévoit une augmentation de 2,6 % de celui du Ministère de l’Éducation Nationale (M.E.N.) - dont dépendent les classes préparatoires.

C’est cette politique de ségrégation qu’organise APB, cet algorithme gardé en partie secret par le M.E.N., qui in fine gère la pénurie de places dans le supérieur, et sur lequel pèse de fortes présomptions d’entretenir les inégalités entre les bacheliers, puisqu’il prend essentiellement en compte le lieu du domicile et la situation de famille.

La probabilité de se voir proposer l’orientation souhaitée dépend donc fortement du milieu socio-économique des parents : à Créteil, APB dirige en priorité vers l’université, alors qu’à Versailles cette orientation est inférieure à la moyenne métropolitaine, au profit des écoles de commerce et d’ingénieurs.

Et ça ne va pas aller en s’améliorant : En 2017, face à l’afflux de candidats, la sélection à l’entrée de l’université s’est accentuée : « 379 établissements sélectionnent leurs étudiants », soit presque 13 % de plus que l’année dernière, indique le document de l’UNEF.

Une fois mis devant le fait accompli d’une décision APB sans appel, les refusés n’ont alors d’autre solution que de se tourner vers les établissements privés. Là, plus de dossier de sélection ; pour rentrer, il suffit d’avoir les moyens de régler les frais de scolarités, souvent très élevés : Entre 2 000 et 8 000 € par an selon les écoles. Pour des formations pouvant aller jusqu’à 5 ou 6 ans …

On voit donc, qu’à chaque niveau du dispositif de sélection, ce sont les critères socio-économiques qui vont déterminer de façon prépondérante le sort du postulant aux études supérieures. En appauvrissant le système publique d’éducation, les gouvernements successifs, non contents de faire la part belle au privé, ont contribué à aggraver les inégalités. Aujourd’hui, devant la colère des familles, le gouvernement feint de réagir, mais en éludant volontairement les vrais problèmes. En Macronie, on ne change visiblement pas une formule qui perd !

Bruno Isselin
Sources : MENESR-DGESIP-DGRI-SIES et MENESR-DEPP