France

Qu'est-ce que le gaz de houille ?
Depuis les années 1800, cette appellation ne s'appliquait qu'au gaz issu de la distillation de la houille, appelé aussi gaz de ville, remplacé par le gaz naturel vers 1950.

Depuis quelques dizaines d'années, et l'abandon du gaz de ville, le terme« gaz de houille » désigne également le gaz enfermé dans les couches de charbon. Dans ce cas, il est essentiellement composé de méthane, incolore, inodore mais à effet de serre plus de 20 fois supérieur à celui du CO².

Le « gaz de houille » est différencié en « gaz de mine », et « gaz de couche » suivant sa situation et son mode d'exploitation.

Le «gaz de mine» : aussi appelé Grisou, est présent dans les galeries de mines exploitées ou abandonnées. Redouté des mineurs pour son danger d'explosion et d'incendie il était extrait des galeries et ventilé dans l'atmosphère. Après l'abandon des mines, ce gaz continue à sortir des veines de charbon et à se répandre dans les galeries puis dans l'atmosphère. Pour éviter les risques d'explosion, il est extrait par simple aspiration depuis les années 1970. Il est ensuite comprimé, rendu odorant, puis injecté dans les réseaux locaux de gaz, ce qui valorise son extraction et évite sa contribution au réchauffement climatique. Il est donc souhaitable qu'il soit exploité. C’est ainsi que Gazonor (rachetée en juin 2016 par La Française de l'Energie, LFDE) exploite depuis 1991 des quantités significatives de méthane remontant spontanément des anciens réseaux de puits et galeries des houillères abandonnées.

Le « gaz de couche » : Prisonnier dans des couches de charbon inexploitées en raison de leur profondeur ou de leur mauvaise qualité, il ne peut être libéré qu'avec les techniques de forage pour son extraction, avec tous les dangers qu'elles représentent.

A partir d'une plateforme , les opérateurs gaziers effectuent un forage vertical jusqu’à la couche de charbon visée. Puis pour augmenter la quantité de gaz restitué, ils prolongent ce forage par un forage dit « horizontal », qui suit la direction de la veine de charbon, tout en restant dans son épaisseur. Dans une communication récente, ils indiquent pouvoir parvenir ainsi jusqu'à 12 km du puits de forage vertical si les conditions sont favorables. De la même plateforme ils peuvent forer jusqu'à 6 puits verticaux, prolongés de puits horizontaux réalisés dans des directions différentes. Les dangers liés à la recherche/exploitation du gaz de couche : contrairement à l'exploitation du « gaz de mine » celle du « gaz de couche » nécessite des techniques dangereuses pour l'environnement, la santé, les ressources en eau, en particulier dans le Jura dont les réseaux et le sous-sol karstiques sont mal connus. En juin 1989, un forage effectué par la compagnie Esso-Rep sur la commune de Lantenay, a pollué une source (La Moullaz) située à 2 km, privant les habitants des communes de Vieux d’Izenave, et d’Outriaz d’eau potable, et les contraignant à raccorder leur réseau à celui de Cerveyzieu, à plus de 30 km. Impossible, même actuellement, de connaître toutes les cavités qu’un forage est censé éviter pour ne pas y injecter les boues toxiques utilisées pour le forage. Une étude du cabinet Antea, réalisée en 2011 à la demande de Celtique Energie, concluait qu'ils n'avaient pu déterminer le sens de circulation souterraine de la source du village de Corcelles ! Inexploitées, les couches de charbon ne libèrent pas le méthane qu'elles emprisonnent. Leur exploitation générera un accroissement de « l'effet de serre », soit par les fuites de méthane inévitables lors des différentes phases d'extraction /compression/distribution, soit par la production de CO² lors de l'utilisation du méthane. Les travaux du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) montrent que l’atteinte de l’objectif de limitation à 2°C de l’augmentation de la température depuis l’ère préindustrielle suppose de renoncer à l'exploitation de près de 80 % des réserves connues, au minimum, pour ne pas dépasser le « budget carbone » nécessaire à l’atteinte des objectifs fixés. Inutile donc de tenter d'en découvrir de nouvelles !

Pourquoi le Jura peut-il être concerné ? Deux permis exclusifs de recherches d'hydrocarbures liquides ou gazeux accordés concernent le JURA : Les permis sont accordés pour 5 ans, renouvelable 2 fois. Les demandes de prolongation de ces deux permis sont sans réponse du ministère jusqu'à ce jour, mais elle apparaissent toujours dans la liste des permis de recherche du ministère, « situation au 1er juillet 2017 ».

Le permis de GEX (932 km²) couvre des communes de l'Ain, de Haute Savoie et du Jura. Accordé en mai 2009 à la société E-Corp via un consortium de 3 compagnies, il fait l'objet d'une demande de prolongation depuis juin 2014.

Le permis de Lons-le-Saunier (3795 km²) concerne les départements de l'Ain, du Doubs, du Jura et de la Saône et Loire. Accordé en juillet 2007 à la société European Gas Limited (EGL) avec un engagement financier minimal souscrit de 4 046 000 € sur 5 ans, il fait l'objet d'une demande de prolongation depuis mars 2012. Depuis 2009, cette PME a pour ambition d'exploiter le méthane contenu dans les veines de charbon du sous-sol français. En juillet 2015, EGL change de nom pour devenir la Française de l’énergie. Son président Julien Moulin déclare: "Au-delà de la Lorraine et du Nord, nos priorités, nous disposons aussi de permis à Lons-le-Saunier (Jura), à Gardanne (PACA) et dans le bassin parisien"... Comme elle exploite le gaz de mine, via Gazonor, elle s'évertue à faire croire que son activité totale est vertueuse et favorable au climat. Concernant le Jura, sa demande de prolongation date de plus de 5 ans, sans engagement financier important malgré les 10 ans de possibles recherches ; c'est pourtant une des conditions pour accorder la prolongation du permis.

Actuellement, nos élus délibèrent sur le projet de loi « mettant fin à la recherche ainsi qu'à l'exploitation des hydrocarbures conventionnels et non conventionnels »... Le titre est engageant et porte à croire que la France va arrêter la recherche et l'exploitation des hydrocarbures, mais les opposants sont nombreux, y compris au gouvernement. Le texte adopté en première lecture à l'Assemblée Nationale est loin faire en sorte que le droit des affaires, notamment le droit minier, la liberté d’entreprendre et le commerce international, soient enfin soumis à l’impératif climatique.

Le projet est maintenant examiné au Sénat, le gouvernement espérant une adoption finale par le Parlement avant la fin de l’année. Difficile de pronostiquer ce qu'il en résultera pour le Jura, et nous aurons à en reparler.

Denis Rolland