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La question se pose puisque dans tous les médias, dés lors que l’on aborde la situation au Venezuela, cette qualification revient immuablement. Soit, le Venezuela est une dictature, soit Maduro est un dictateur, soit, dans le meilleur des cas, le Venezuela est en route vers la dictature. Il n’est jamais question de s’interroger sur la qualification des mots employés puisque c’est considéré comme un fait. 

Comme si, les journaleux avaient le pouvoir de décider, comme ça, arbitrairement, sans la moindre explication ou le moindre soupçon de démonstration. Qui plus est, ceux qui ont l’audace de déclarer que ces allégations sont partiales ou erronées reçoivent les foudres des mêmes médias, qui prétendent leur donner la parole, et détournent leurs propos ou les commentent partialement. Notre député Insoumis Eric Coquerel vient d’en faire les frais, successivement sur LCI et ce vendredi dans les colonnes de France Soir. Il n’est pas de bon ton de déclarer que le Venezuela n’est pas une dictature et qu’il convient d’être plus prudent et circonspect sur la situation. Il faut rendre hommage à Eric d’avoir tenter d’expliquer les tenants et les aboutissants de la situation en cours mais le journalisme de propagande fait son office par servitude ou par ignorance.

La question qu’il conviendrait de se poser avant de parler de dictature serait d’en revenir à sa définition.

Selon le dictionnaire : « Régime politique dans lequel le pouvoir est détenu par une personne ou par un groupe de personnes (junte) qui l'exercent sans contrôle, de façon autoritaire ; durée pendant laquelle s'exerce le pouvoir d'un dictateur. Pouvoir absolu exercé par une personne ou un groupe dans un domaine particulier ; tyrannie.»

On peut donc en conclure que dans une dictature :

  • Il n’existe aucun pouvoir législatif
  • Il n’existe aucune opposition
  • Il n’existe aucun contre-pouvoir

Ceci implique que :

  • Il n’y a pas d’élections
  • Il n’y a pas de liberté de la presse
  • Il n’y a pas de liberté de manifester

Alors comment qualifier un pays qui a connu plus d’une quinzaine d’élections depuis moins de 20 ans, y compris un referendum révocatoire du chef de l’Etat, ou l’opposition détient 90% des médias et manifeste chaque jour et où elle avait la majorité dans une Assemblée Nationale élue mais qui perd aujourd’hui ce contre-pouvoir au profit d’une Assemblée Constituante, toute aussi constitutionnelle. La presse poursuit impunément sa désinformation. Les manifestations continuent, manipulées par des groupes violents putschistes aux ordres de puissances étrangères.

Alors, si le Venezuela était vraiment une dictature, vous n’entendriez plus ces pseudo-informations visant à discréditer le régime , tout simplement parce que vous n’en entendriez plus parler du tout :

  • Prise de contrôle de tous les médias
  • Black out total
  • Propagande quotidienne du régime
  • Liquidation de l’opposition
  • Emprisonnements, assassinats, tortures
  • Suspension de toutes les libertés individuelles
  • Etat de siège
  • Couvre-feu
  • Pleins pouvoirs à l’armée comme instrument de répression

Ces mesures radicales sont celles de toutes les dictatures depuis la nuit des temps même si les modalités sont fonction des époques.

Tout cela me rappelle douloureusement le Chili, mon pays d’origine, quand on qualifiait Allende de marxiste à la solde de l’URSS alors qu’il était simplement un socialiste patriote au service des plus démunis. Bien sûr, Pinochet, le sauveur, a su rétablir la situation en le mettant hors d’état de nuire avec l’aide de la CIA et en vendant le pays aux Etats-Unis.

L’Histoire se répète, malheureusement. La situation du Venezuela est totalement comparable à celle du Chili en 1973.

Ce qui est inacceptable dans la situation actuelle au Venezuela n’est pas que l’on soit en désaccord avec certains aspects de la politique de Maduro. En revanche, aucune critique peut justifier le recours à un putsch néo-libéral dont l’unique but est la spoliation des ressources naturelles du pays par des puissances étrangères. Nous devons nous opposer à ce projet mortifère pour le peuple, et au néo-libéralisme, en toute occasion, ici ou là-bas. Nous serions alors coupables de passivité. Il en va, également, de notre avenir.

Voilà pourquoi le Venezuela d’aujourd’hui n’est pas une dictature et ne le sera pas sous le régime actuel mais pourrait le devenir si l’opposition putschiste parvenait à renverser le régime et accéder au pouvoir.

Christian Rodriguez