Monde

Le droit constitutionnel devient une fiction d'égalité dans les sociétés inégalitaires. Il s'agit alors pour nous de créer les mécanismes pour que le peuple puisse faire valoir ses droits, en Amérique latine en particulier, qui est la région du monde qui connaît la plus grande inégalité dans le partage des richesses. Il n’existe qu’une seule voie qui permette de contrôler l'argent, les armes et la parole. Il suffit de voir l'état de concentration des médias dans les mains de quelques oligarques pour se rendre compte que l’information donc l'opinion populaire est confisquée au profit des classes aisées. 

Une hégémonie d’entrepreneurs et de propriétaires des moyens de communication au service du grand capital et du néolibéralisme, à l'image du Parlement actuel au Venezuela, a développé comme thèse principale que l'Assemblée Constituante était illégale car elle se séparait de la Constitution et du processus électoral. Il faut beaucoup d'argent et de propagande pour pouvoir gagner une élection, sans donner la possibilité au peuple de participer réellement au jeu électoral. Néanmoins, dans la Constitution de 1999, adoptée par le vote populaire, les articles 347, 348 et 349 prévoient la convocation d’une Assemblée Constituante. Chavez a été lui-même accusé d’être dictateur par la soi-disant opposition et Maduro, qui fut élu au suffrage universel, d'un jour à l'autre devient aussi un dictateur. C’est cette voie qui a été choisie même si d’autres étaient possibles.

Une Constitution est une oeuvre perfectible, qui peut être améliorée à chaque fois que le peuple le décidera. L'opposition vénézuélienne a abandonné la voie électorale et a choisi cette forme de lutte que j'appellerai « terrorisme ». Car, il s'agit bien d'un appel permanent à l'usage de la violence à des fins politiques, par la promotion d’actes qui, jusqu'à présent, finissent toujours par des morts et des blessés dont plus de 68 % sont des victimes innocentes, ni pour ni contre sinon de simples spectateurs, qui passaient par là au moment des manifestations où le gouvernement a agi avec calme et sang-froid. Je me suis fait réprimer, ici à Paris par les CRS, plus que ce que j'ai vu agir sur place la GNB, la Garde Nationale Bolivarienne.

Cette figure du terrorisme fait appel à l'usage d’armes conventionnelles ou non, conjuguée à une fausse protestation pacifique, car les manifestants lourdement armés avec la complicité des polices municipales des mairies tenues par la droite agressent ouvertement les forces de l’ordre.

Il s'agit donc de dénoncer ce pseudo-dialogue politique qu’a entrepris la coordination de la Mesa Unidad Démocratica (MUD), sans avoir l’intention de créer un espace politique. C'est tout ou rien. Ou la polarisation a été inventée pour justifier encore et encore des actes de vandalisme, ou la banalisation de la violence devient une nouvelle façon de faire de la politique. Que faut-il penser lorsqu'une opposition saute de joie quand des policiers sont assassinés, quand on brûle des gens à la peau noire car suspectés d’être Chavistes, quand des leaders de l'opposition dirigent le blocage des rues avec l'aide de policiers municipaux, quand on empêche les gens de bouger de leur quartier avec des barricades constituées de sacs-poubelles remplis de pierres. Symboliquement le bastion de l'agression est organisé seulement dans les quartiers est de la capitale où la Plaza Francia sert de QG à la violence terroriste de l’extrême droite.

J'ai vu plusieurs barricades montées par des minorités agissantes type commando, en général pas plus de 5 à 8 personnes, où des gens aisés ordonnent à des jeunes très pauvres de se mettre en avant pour faire les bonnes photos, et des raquetteurs auprès des automobilistes pour la cause, bien sûr. Il ne s'agit que d’opérations destinées à créer la panique : brûler des poubelles pour faire croire que chaque citoyen démocrate résolu à faire battre Maduro participe à l’organisation des barricades - tout ceci sous le regard bienveillant de la police municipale...

Le discours de l’opposition est simpliste : le gouvernement n'a pas la capacité de subvenir à l'intégralité des besoins de la population pour cause de corruption, trafic de drogues ou mauvaise gestion. Il ne s'agit que d'une guerre de symboles avec des kamikazes qui attaquent des bases militaires, brûlent des bâtiments publics ou des personnes suspectées d’être favorables au gouvernement. Ils ont sur place une «presse libre», avec des cameramen professionnels venus du monde entier, avec de bons CV bien comme il faut, pour la plupart spécialistes des scènes de guerre. Ils sont présents lors de toute «manifestation populaire» auprès des vrais «terroristes» en soi-disant «légitime défense» et filment toutes les scènes de «chaos» qui seront diffusées sur toutes les chaînes de pseudo-information, celles que vous voyez au quotidien.

Dans aucun pays au monde, la police ne se laisse tuer sans réponse, sans réagir, sa défense doit être proportionnelle à la force qui s'exerce contre elle. En 1989, lors du « Caracazo », en 3 jours, il y eu 3000 morts. Aujourd'hui, depuis l'appel de la MUD, en 2017, plus de 4 mois de manifestations ont fait 125 morts. 

L'opération plébiscite de l’opposition, sans aucune base juridique, sans aucun contrôle, sans autorité électorale n’a aucune valeur constitutionnelle. Elle a été pilotée par 5 recteurs d’université, toutes  financées par l'Etat, mais aujourd'hui toutes aux mains de l'opposition , et où les étudiants revendiquent des élections libres pour choisir leurs représentants et présidents d’universités qui, depuis 2012, n'accèdent plus à la demande de la communauté universitaire. En réalité, ils n'appliquent pas la constitution approuvée par le peuple ! Et on appelle ça les démocrates versus la dictature de Maduro !

La Constituante a 3 fonctions :

  • Créer un nouvel ordre juridique, créer des lois permettant d'atteindre les objectifs que se fixe le gouvernement. Souvenons-nous que depuis que l'Assemblée Nationale a été élue, la première mesure proposée était de vouloir privatiser le plan Vivienda (habitat), qui a créé 1,7 million de logements pour le peuple. Les nouveaux parlementaires voulaient vendre le patrimoine de l'Etat à des intérêts privés.
  • Pouvoir accéder à la participation populaire la plus ample et ouverte possible. Il s’agit d’un acte fondateur de la conquête de la souveraineté pour le peuple et par le peuple, c'est un point de départ vers de nouvelles conquêtes. Il s'agit d’amplifier la participation populaire où le peuple devient un sujet politique. C’est l’Etat Social versus l’Etat Bourgeois.
  • Avancer envers des droits nouveaux, confirmer ceux déjà inscrits dans la constitution et corriger des erreurs. Il s'agit donc aussi de la continuité de la révolution Chaviste.

Voilà quels sont les enjeux et  pourquoi, évidemment, la classe privilégiée ne veut pas que le processus vienne à son terme.

Pourquoi ne pas proposer que tout acte de violence soit considéré comme un délit de terrorisme et que toute autorité publique qui y appelle soit interdit d’exercer toute responsabilité publique ? Combien de députés sont impliqués directement dans des actions terroristes, appelant à faire abattre des policiers, des chavistes, des autorités et personnalités proches de la révolution bolivarienne ? Tout acte destiné à causer la terreur doit être implacablement puni.

Les toutes dernières nouvelles en provenance de Caracas sont néanmoins très encourageantes.

Bien que les médias ne divulguent pas encore cette information, il semblerait que, grâce à l’élection de l’Assemblée Constituante, le Venezuela ait retrouvé la paix. Tous les partis d’opposition ont présenté des candidats aux élections régionales auprès du Conseil National Electoral.

Nous nous félicitons qu’après 4 mois de terreur, l’opposition ait, semble-t-il, abandonné la violence et s’engage dans la voie électorale pacifique et démocratique.

Christian Rodriguez