Monde

Le sentiment d’appartenance nationale avait été plébiscité, voilà quelques siècles, comme le garant de la souveraineté populaire. La Nation comme rassemblement du peuple, comme sa volonté de vivre ensemble, chaque jour affirmée, était née sous les mots de Renan, faisant du cadre national, l’échelon privilégié d’exercice de la souveraineté, et de l’expression de la démocratie.

Pourtant, sans cesse attaquée, le déséquilibre des nations est aujourd’hui en marche, déclenchant un lot multiple de turpitudes imprévisibles, dont l’indépendance de la Catalogne, aujourd’hui 27/10/2017 déclarée par son Parlement, est un exemple probant.

D’où vient cet événement, que l’on traite sous l’angle journalistique, comme un « fait d’actualité » ?

Tout d’abord, en politiste, il faut se refuser d’observer ce phénomène comme un « fait », mais comme un processus. Nous sommes face à un véritable mouvement social car la Catalogne rassemble les caractéristiques de celui-ci, comme le disaient Tilly et Tarrow dans la « Politique du Conflit ». Il est historiquement situé.

Partant de là, il faut voir cette déclaration unilatérale, comme une conséquence lointaine de ce déséquilibre des nations. Ce dernier est né de la politique libérale et pro-européenne, par critiques perpétuelles du cadre national et par usurpation de la souveraineté nationale. J’en veux pour preuve les politiques de désengagement de l’État dans l’économie, depuis les années 80 en France et en Europe, la mise en place de l’Euro, comme dépossession du « bras armé » de la Nation, ainsi et surtout que la mise en place d’organismes supra-nationaux, outrepassant le cadre national : OMC – FMI – BIRD etc, et s’imposant à lui. Ajoutons l’organigramme entier de l’Union Européenne, incapable de respecter les décisions populaires des Nations, comme ce fut le cas en 2005, avec le Non au référendum sur le traité de Lisbonne.

On peut même adjoindre à cela la polémique récente à propos de Jean-Luc Mélenchon et le drapeau européen, polémique loin d’être dénuée d’intérêt, car l’imposition d’un emblème (confessionnel ou non d’ailleurs) à un peuple est une tentative d’usurpation, et de remplacement de la Nation par un « nouvel ordre européen », comme le souhaite Emmanuel Macron (voir la Une de : « The Economist »). Je finis sur ce point en mettant un accent particulier sur le mépris de la Nation, du sentiment d’appartenance nationale (et de ses représentations : le Bicentenaire en France par exemple) et de l’action de l’État, qui se donnent à voir dans le discours de l’élite néo-régalienne.

Dans le cas de l’Espagne, mais aussi au niveau européen, les politiques de concurrence entre grandes régions (cf : les Landers), et même les Métropoles (ici Madrid et Barcelone) ont causé une désunion nationale.

De ces attaques contre la Nation, un déséquilibre se créait. Le cadre unitaire de la Nation qui garantissait l’unité des peuples tend à s’effriter, laissant place à des espoirs de structuration supra-nationale européenne pour les libéraux notamment, mais causant aussi, de l’autre côté de l’échelle, une montée des régionalismes et des volontés d’indépendance infra-nationales. La seule solution est de garantir partout l’intérêt de la Nation, son unité, et de reconstruire cette volonté de vivre ensemble, ce « plébiscite de tous les jours », plébiscite que les Espagnols ne sont pas prêts de retrouver pour l’instant.

Sylvain Begon – Etudiant en Science Politique – Président de l’Association Les Eco-Citoyens.