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La Colombie fait partie des rares nations sud-américaines à ne pas avoir été impactée par la vague progressiste, qui s'était emparée du continent dans les années 2000. Et pourtant, un nouvel espoir semble aujourd'hui voir le jour avec l'ex-sénatrice Piedad Córdoba, candidate à l'élection présidentielle qui se tiendra en mai 2018.

Un scrutin à enjeu capital.

Alors que la Colombie cherche désespérément à retrouver progressivement le chemin de la paix, malgré les récents assassinats de dirigeants paysans et sociaux, cibles privilégiées des groupes paramilitaires armés au service des intérêts des grands propriétaires terriens, le pays se prépare maintenant à la prochaine élection présidentielle.
Le 24 août 2016 à La Havane, un accord de paix avait été trouvé entre les FARC-EP, principale guérilla colombienne, et le gouvernement de Juan Manuel Santos. Quelques jours plus tard ce sera entre l’ELN et le gouvernement. La paix reste cependant fragile dans un pays qui ne l’a pas connu depuis plus d’un demi-siècle.
Les accords conclus à La Havane ont été rejetés par référendum en octobre 2016, avec un faible taux de participation (37%). La paix constitue donc un des enjeux majeurs du scrutin à venir, et c’est dans cette direction qu’entend continuer à oeuvrer Piedad Córdoba, si elle est élue présidente de la République en mai prochain.

Une candidature progressiste qui pourrait changer la donne.

Ancienne sénatrice et médiatrice, entre autres dans l’affaire Ingrid Betancourt, Piedad Córdoba est une infatigable défenseuse des droits humains, et lorsqu’elle décide en juin dernier de se présenter à la prochaine élection présidentielle, elle le fait dans la continuité des combats qu’elle a toujours mené.
Son accession au pouvoir donnerait un souffle nouveau au pays. Elle compte évidemment poursuivre les négociations en faveur de la paix, et il est probable qu’elle réussisse mieux là où les précédents gouvernements ont échoué, du fait de son passé de médiatrice et de sa connaissance de toutes les parties quelque soit leur idéologie. En effet son travail est reconnu par d'importants secteurs de la population colombienne.
Mais elle a également l’intention de s’attaquer aux problèmes de corruption dans le pays, et d’engager les changements économiques nécessaires afin de mener une politique sociale, en faveur du plus grand nombre.
L’ex-sénatrice s’engage également à mettre en place une réforme agraire, prévue dans l’accord de paix de La Havane, afin de redistribuer les terres aux paysans qui en ont été expropriés, et pour qu’enfin justice soit rendue.
L’enjeu de la candidature de Piedad Córdoba ne s’arrête pas aux frontières colombiennes, mais pourrait également bouleverser la géopolitique régionale.
Si la gauche latino-américaine, dans sa diversité, semblait bien se porter en ce début de XXIème siècle, elle doit en revanche faire face depuis plusieurs années à des tentatives de déstabilisation, qui ont parfois malheureusement abouti. Exception faite de l’argentine, où Cristina Fernandez de Kirchner a quitté le pouvoir dans des conditions démocratiques, dans d’autres pays comme le Brésil ou le Paraguay, ont eu lieu des coups d’Etat judiciaires institutionnels.
Pire encore, en Equateur, le nouveau président Lenín Moreno, que l’on considérait alors comme le successeur de Rafael Correa et continuateur de la révolution citoyenne, a retourné sa veste et semble désormais prêt à gouverner avec l’opposition.
Certes, des pays comme la Bolivie ou le Venezuela, qui sont en train de consolider la participation populaire, sont attaqués de partout par les forces impérialistes et font eux aussi face à des déstabilisations en tout genre, mais y résistent de façon acharnée.
L’arrivée d’un nouveau gouvernement, à caractère démocratique, populaire et progressiste en Colombie à travers la figure de Córdoba, changerait donc évidemment quelques règles du jeu.
Un nouvel espoir serait insufflé à travers tout le continent, et mettrait un terme, au moins provisoirement, au recul de la gauche latino-américaine. Les Etats-Unis perdraient également un allié fidèle dans la région, et Piedad Córdoba entend bien en finir avec la présence militaire nord-américaine sur le territoire colombien.
Et plus localement encore, le gouvernement bolivarien du Venezuela aura, on peut l’espérer, un peu de répit sur sa frontière ouest avec la Colombie, où on le sait, s’organise une grande partie de la déstabilisation économique, et où transitent des groupes paramilitaires qui mettent en péril la démocratie et la souveraineté du Venezuela.
Ayant déjà échappé à plusieurs tentatives d’assassinat, c’est au péril de sa vie que Piedad Córdoba compte bien remporter le prochain scrutin, et changer radicalement le visage de la Colombie.
Affaire à suivre donc.