Radicalités concrètes

Marre de la malbouffe ! Des tomates sans goût et des fraises en hiver ? Nous avons des solutions. En combinant agriculture périurbaine et biologique, circuits courts et gestion publique de la restauration collective, nous pouvons retrouver notre souveraineté alimentaire et la saveur de nos repas !

Le constat est accablant. 54 000 hectares de terres agricoles, soit l'équivalent d'un département, disparaissent chaque année au profit de projets d'aménagements urbains, tels que des centres commerciaux, des autoroutes, des zones industrielles. En 20 ans, le nombre d'exploitations et d'agriculteurs a été divisé par deux. Aujourd'hui ils sont un million à subir l'endettement, l'appauvrissement, parfois les faillites, quand ils ne sont pas poussés au suicide (un par jour). D'autant qu'ils sont soumis aux impératifs productivistes de l'Union européenne, qui fournit 50 % de leurs revenus. Sur le plan alimentaire, la mondialisation augmente sans cesse la dépendance aux transports internationaux. En France, le secteur agro-alimentaire est dominé par un oligopole de six groupes. Les prix des produits augmentent, les intermédiaires récupérant des marges toujours plus élevées. L'hyper-spécialisation agricole est source de nombreux problèmes : dégradation des sols avec l'utilisation forcenée de produits chimiques, manque de diversité dans la production qui rend les agriculteurs plus vulnérables aux aléas climatiques et économiques. Le système en flux tendus induit la faiblesse des stocks (limité à quatre jours), qui sont d'autant plus réduits par l'accaparement des terres au profit des agrocarburants. Résultats ? Des aliments de mauvaise qualité, produits et vendus toute l'année, quelles que soient les saisons ! Et des urbains, et souvent les enfants, qui ne reconnaissent plus les légumes ! Et parmi les produits bio, beaucoup sont importés depuis l'autre bout du monde !

Il est donc urgent de retrouver notre souveraineté alimentaire ! Quels sont nos objectifs ? 30 % des terrains urbains et périurbains dédiés à l'agriculture, qui doit être biologique. Il faut aussi favoriser les circuits courts, pour alimenter en produits bio les cantines scolaires et municipales. Seule une gestion publique de la restauration collective permet ces innovations.

Quels avantages à ces actions ?

Politiques.

Retrouver sa souveraineté alimentaire, c'est agir pour reprendre le pouvoir sur nos vies, c'est lutter contre les grands groupes agro-alimentaires. C'est redevenir libre.

Économiques.

  • Les prix des produits ne sont pas plus chers pour le consommateur. En effet, l'agriculteur bénéficie d'aides qui réduisent le coût des cultures. De plus, la suppression des intermédiaires et la réduction des distances abaissent d'autant plus le prix final.
  • Le producteur sécurise ses revenus grâce à des commandes publiques. La diversification de sa production le rend moins vulnérable aux aléas climatiques et économiques. Enfin, il bénéficie, via le circuit court, d'un paiement, immédiat pour les particuliers, et beaucoup plus rapide dans le cas de commandes publiques.
  • Ces actions favorisent la création d'emplois dans le secteur agro-alimentaire bio et local (agriculteur, techniciens dans les infrastructures collectives).
  • Socio-urbains.

    • Les associations sont souvent parties prenantes des circuits courts et des jardins collectifs qui deviennent ainsi un lieu d'échanges et de partage.
    • La fracture sociale et géographique entre la ville et la campagne est diminuée, ce qui rapproche les urbains et les ruraux.
    • L'agriculture périurbaine et les circuits courts limitent l'étalement urbain, et enrayent le déclin des campagnes.

    Environnementaux.

  • La traçabilité et la bonne qualité des produits agricoles sont connues et assurées.
  • La diminution de la distance entre le producteur et le consommateur réduit l'empreinte écologique des produits agricoles, et donc réduit l'émission de gaz à effet de serre (le secteur agro-alimentaire est en effet responsable de 30 % des émissions de GES).
  • L'agriculture est biologique : elle utilise moins d'eau, et beaucoup moins d'engrais chimiques et de pesticides. La qualité des sols et leur fertilité sont accrues, la santé des personnes améliorée, et les paysages préservés.
  • La diversification des cultures prévient des catastrophes écologiques. En effet, la spécialisation bretonne dans l'élevage porcin est la cause de la présence de nitrates dans les sols et les nappes phréatiques et de la prolifération des algues. La diversification aurait peut-être empêché de tels dommages.

Quelles actions mener ?

Créer des surfaces agricoles urbaines et périurbaines

  • Refuser de rendre les terrains agricoles constructibles et imposer des moratoires sur les nouveaux projets d'infrastructures urbaines, ou même les geler.
  • Insérer la préservation et l'extension des terrains dans les schémas d'aménagement et de développement.
  • Favoriser l'installation des paysans sans terre cultivant des produits biologiques diversifiés, grâce à la location des terres achetées par les collectivités et par une réforme de la SAFER.
  • Inciter les agriculteurs disposant de parcelles non cultivées à les céder ou à les mettre à disposition afin d'y installer des paysans cultivant des produits bio.
  • Favoriser les circuits courts

    Un circuit court consiste à commercialiser des produits agricoles en vente directe (du producteur au consommateur), ou indirecte (un seul intermédiaire). Par ce moyen, les produits locaux et de saison sont valorisés. Le circuit court recoupe les ventes directes à la ferme, sur les marchés, en tournées, ou organisées à l'avance, comme avec les Amap, et les ventes indirectes à la restauration et aux commerçants-détaillants.

    • Soutenir l'installation dans vos collectivités des porteurs de projets agro-alimentaires alternatifs, comme les Amap.
    • Favoriser le maintien ou la création d'équipements d'infrastructures collectifs (abattoirs, ateliers de transformation, lieux de vente).
    • Utiliser les commandes publiques de produits locaux pour approvisionner la restauration collective et apporter un soutien logistique pour soutenir ces filières locales.

    Sensibiliser

    • Communiquer auprès de la population sur les avantages des circuits courts et de la restauration collective publique.
    • Créer des jardins collectifs, pour les enfants notamment.
    • Mettre en place des cours de cuisine bio.
    • Semer des graines en ville et en laisser en libre accès dans les institutions publiques.

    Quels financements ?

    L'élu peut rediriger les agriculteurs vers un certain nombre d'aides qu'ils peuvent recevoir.

    • Des aides à l'installation pour les jeunes agriculteurs (financées par l'Etat et l'UE) lorsqu'ils gèrent une exploitation ou s’insèrent dans une société agricole. Ils peuvent bénéficier d’une dotation d’installation aux jeunes agriculteurs (DJA), de prêts bonifiés et de déductions de charges sociales et fiscales.
    • Des aides de la PAC (Politique Agricole Commune) et du FEADER (Fonds Européen Agricole pour le Développement Rural).
    • Une aide à la certification en agriculture biologique que certaines régions fournissent. En effet, les producteurs doivent se faire certifier par un organisme agréé par l’État. Le coût de la certification est entièrement à leur charge. Par exemple, le Conseil Régional du Limousin attribue une aide plafonnée à hauteur de 80% du coût HT de la certification.
    • Le crédit d'impôt peut aider toutes les entreprises agricoles exploitant des parcelles certifiées bio et qui réalisent au moins 40% de leurs recettes grâce à la vente de produits bio.

      /!\ Attention /!\ Le montant maximum est de 2 500 € par an. Pour être conforme aux règles européennes, le crédit d'impôt 2013 s’inscrit dans le cadre dit « de minimis » qui plafonne les aides à 7 500 € (toutes aides de minimis et sur 3 ans).
      - Une aide à la conversion à l'agriculture biologique. L’agriculteur doit produire bio pendant au moins 5 ans sur des parcelles identifiées. L'aide allouée par hectare converti n’est pas plafonnée à l’échelle de la ferme.
      - Le programme Intégré de Développement Agricole (P.I.D.A) d'une durée maximale de 4 années, vise à favoriser le développement économique d'un produit ou d'une filière sur un marché précis, via une association de partenaires. Il est destiné à des organismes collectifs (organisations de producteurs, coopératives, entreprises de la filière en amont ou en aval). Par exemple la région Rhône-Alpes finance certains investissements immatériels (études, actions de développement et d'appui) et matériels (équipements collectifs). Cette aide n'excède pas 30% du coût total du projet. Cette région dispose d'autres programmes tels que le Programme Stratégique Agricole et de Développement rural et les Contrats Régionaux d'Objectifs de Filière ou de production.
    • etc...

    Pour plus d'informations :

    Corinne Morel-Darleux, « F comme de la fourche à la fourchette », dans Terres de gauche, Abécédaire des radicalités concrètes, éditions bruno leprince, politique à gauche, 2012.