école du jardin planétaire

Et si je commençais par me présenter en faisant tomber quelques idées reçues… Je ne suce pas le sang, toutes les espèces que l’on peut trouver en France sont uniquement insectivores. Les trois espèces qui sucent du sang se trouvent en Amérique du sud et prélèvent du sang aux animaux. Je ne me prend pas dans les cheveux, mon vol est très précis et mon système d’écholocalisation me permet, par exemple, de détecter les mailles d’un filet de 0,1mm à 10 mètres de distance. Alors n’aie pas peur de laisser tes cheveux flotter au vent, ce n’est pas demain que je me prendrai les pattes dedans ! Ainsi les chevelu(e)s sont rassurés et les chauves sourient !

Je ne suis pas aveugle, je me sers beaucoup de ma vue car mon système de « radar » me demande beaucoup d’énergie. Je ne suis pas envahissante. Tu me prends pour un rongeur ? Je ne fais qu’un petit par an. D’ailleurs celui-ci doit s’accrocher à la naissance, au propre comme au figuré, car comme je lui donne la vie la tête en bas, suspendue par les pattes, il peut s’écraser au sol s’il ne fait pas preuve d’un certain talent d’acrobate dès les premiers instants. Il sera ensuite élevé par la mère et le reste des femelles de la colonie lorsque celle-ci partira en chasse. Et la rage ? Oui, je peux être porteuse, mais ce n’est pas la même maladie que celle des renards et des chiens. Si je suis atteinte je ne deviens pas agressive : je vais avoir du mal à voler, et me faire ensuite manger par un prédateur. Si néanmoins tu me trouves au sol avec un comportement étrange, prend des gants avant de me manipuler et de m'emmener au centre de soins le plus proche. D’ailleurs, je fais partie des espèces protégées, mais nos populations diminuent de par l’utilisation de produits phytosanitaires. Je suis pourtant d’une grande aide pour les agriculteurs car ma consommation d’insectes ravageurs permet de limiter l’impact de ces derniers sur les cultures. Pour te donner un exemple : la revue « Science » a publié en 2001 une étude qui a démontré que mes colonies décimées par le « syndrome du nez blanc » ont coûté 3,7 milliards de dollars aux agriculteurs nord-américains. Si tu as la chance d’avoir une colonie dans ton grenier, sache que mon guano, mes crottes, sont un excellent engrais pour le jardin.

Enfin pour terminer, je suis quand même le seul mammifère capable de voler… pense à tout cela quand tu me verras au crépuscule chasser des moustiques qui ne te suceront pas le sang...

Fabien Negrello
Photo: Amandine Chabot