école du jardin planétaire

Symbole de la consolation, on me voyait beaucoup jadis, notamment dans les champs de blé… On me voit désormais beaucoup moins… Moi le coquelicot, charmante fleur annuelle qui inondait il n’y a pas si longtemps les campagnes de ma couleur rouge flamboyante.

Alors, pourquoi suis-je de plus en plus rare ? La couleur de mes pétales est-elle le signe de ma timidité ? Pas du tout… Malheureusement je suis très sensible aux herbicides, et comme j’ai tendance à pousser dans les champs de blés, je te laisse imaginer la suite. Car, oui, je suis considéré comme une mauvaise herbe. Insoumise, je reviens dans les zones les moins traitées, à l’entrée des champs ou encore le long des haies. Je peux produire jusqu’a 50 000 graines. Ces dernières gardent leur capacité germinative de 5 à 8 ans… Comme tous les végétaux, je fais partie de la base de la chaîne alimentaire. En effet, sans végétaux, pas d’animaux végétivores et donc pas de nourriture pour les carnivores, tout est lié. Puisque l’on parle d’êtres vivants qui se mangent entre eux, faisons maintenant un détour par quelques exemples de mes propriétés culinaires. Comme bon nombre de mes comparses, on peut fabriquer des tisanes avec mes feuilles. Ces préparations ont des effets apaisants. D’ailleurs, autrefois, on en mettait dans les bouillies des enfants pour faciliter l’endormissement. Je calme aussi la toux et les irritations de la gorge, pensais-tu un jour avoir à remercier un coquelicot ? Mes feuilles crues et hachées servent également d’aromatiques, une occasion d’emmener un peu d’originalité à vos petits plats. Un dernier secret gustatif : Croquez un jour, par curiosité, mon ovaire… Ce dernier vous révélera un petit goût de noisette. Pour en revenir à la fleur que je suis, si vous me trouvez belle, je vous en pris ne me cueillez pas ! Le plus beau des bouquets de fleurs coupées n’égalera jamais la grâce, la poésie qui se dégage d’une fleur sauvage. Une fleur qui a poussé grâce à l’alchimie de l’eau, de l’air, de la terre et de la lumière. Une fleur qui a sa place dans l’écosystème. Comme toi !

Fabien Negrello
Photo: Amandine Chabot