L' entretien

3 questions à Danielle Simonnet, conseillère de Paris et oratrice nationale de la FI par Delphine Fenasse, insoumise impliquée dans le collectif “Non aux JO 2024” conseillère municipale déléguée à Fontenay-sous-Bois.

Delphine Fenasse : Pourquoi t’es-tu engagée contre les JO de 2024 à Paris ?

Danielle Simonnet : L’organisation des JO, sous leur forme actuelle s’apparente plus à une fête des sponsors qu’à une fête du sport. Les JO nécessitent des équipements et des dépenses pharaoniques ne répondant pas aux besoins de la population dans ce domaine. A une exception près, tous les budgets des JO ont été dépassés, en moyenne de 137% et ont laissé en héritage de lourdes factures à payer par les peuples des pays hôtes. Pour la seule fête à Lima, l’ardoise a explosé à 1,5 million d’euros en hôtels 5 étoiles et boeing privé. Dans le contexte où le gouvernement et l’Union européenne imposent des politiques d’austérité, de réduction de la dépense publique pour l’ensemble des politiques locales et nationales (sauf des JO !), les fléchages budgétaires pour les JO vont d’autant plus peser contre les autres dépenses. C’est bien pour cette raison que partout où des référendum ont été organisés, les peuples ont voté NON. Hélas, ni les Parisiens, ni les Franciliens n’ont eu le droit de s’exprimer. La maire de Paris, au départ hostile aux JO a retourné sa veste sans consulter les citoyen-ne-s. Ce simple déni démocratique justifie en soi mon opposition !

On veut nous faire croire que ces JO ont un impact positif pour l’économie. Mais des études ont pourtant montré que la consommation baissait dans les ville-hôtes pendant les JO. Il n'y aura pas non plus de création d'emplois massive. Les emplois créés seront des emplois précaires et les seuls emplois pérennes seront des déplacements d'emplois existants une fois l’évènement passé, comme ce fut le cas avec la création du Stade de France. Par contre, ces JO constituent une fête planétaire de concurrence acharnée des sponsors, une fabuleuse opportunité pour les grandes entreprises partenaires de capter leurs clientèles. Ainsi, il sera par exemple interdit de boire autre chose dans les équipements que les boissons qui y seront vendues. Sans compter que les grands équipements construits le sont généralement en partenariat public-privé, permettant une socialisation des pertes et une privatisation des profits.

DF : Ceux qui défendent les JO prétendent que Paris dispose de 95% des équipements et que pour le reste des infrastructures à construire, elles vont permettre une accélération des politiques d’investissement sur le Grand Paris, qu’en dis-tu ?

DS : Les JO vont surtout permettre une accélération des aberrations néolibérales anti-écologiques de l’aménagement du territoire à l’oeuvre dans la métropolisation du Grand Paris. Fort heureusement, les JO de 2024 ne devraient pas ressembler à ceux d’Athènes, laissant d’immenses équipements abandonnés une fois les jeux passés. Du point de vue des transports, on constate cependant déjà que nombre de prolongements de lignes de métro dans les territoires non concernés directement par les JO, comme le Val-de-Marne, vont devoir être retardés pour prioriser le nouveau super métro reliant l’aéroport et les grands sites olympiques, pour un tarif pas loin de 30€ le ticket ! Concernant la piscine olympique qui sera construite dans le 93, pour les mêmes dépenses d’investissement, on pourrait faire au moins 10 bassins écoles supplémentaires dans le département. Quand on sait qu’un collégien sur deux du 93 ne sait pas nager, cela devrait être la priorité ! Les 60 millions qui seront alloués à la rénovation du Stade de France permettraient eux aussi de créer une dizaine de stades sportifs de quartier. On est dans un logique de sport spectacle pour quelques-uns au lieu du sport pour toutes et tous. Enfin, les budgets présentés ne détaillent jamais les coûts exorbitants de l’entretien de ces grands équipements. Ils sont par ailleurs prévus sur des emplacements d’espaces verts, le Parc de la Courneuve, le parc de Bercy pour le projet d’Arena2. C’est bien l’accélération de la bétonisation des sols, au mépris des nappes phréatiques, de la biodiversité et de la qualité de vie qui en résulte. Le dossier de Paris a bien subi un greenwashing, mais de façade : les JO sont forcément anti-écologiques et présentent une terrible empreinte carbone.

On nous promet que le village olympique sera ensuite transformé en logements, mais il n’y aura que 30% de logements sociaux et étudiants. Les mêmes conséquences que celles subies dans le quartier populaire de Londres qui avait accueilli le nouveau stade olympique sont à prévoir : la spéculation immobilière avait explosé, chassant une partie des habitants. In fine c’est la gentrification qui y gagne et non l’intérêt général.

DF : Mais la bataille est perdue maintenant que les JO à Paris sont actés, non ?

DS : La bataille politique se poursuit. D’abord parce que les parlementaires vont être amenés à se prononcer sur un projet de Loi Olympique, par laquelle le CIO imposera des règles, dérogeant à nos lois nationales en matière de fiscalité, de droit social ou d’urbanisme. Le CIO s’apparente à un cabinet d’affaires opaque, qui impose ses conditions aux villes hôtes. Nous devons nous y opposer ! Ensuite, engageons-nous pour 7 ans de luttes sociales, citoyennes et écologiques pour refuser les renoncements de politiques publiques au nom des JO et préserver les espaces verts, lutter contre l’envahissement publicitaire, pour des conditions de travail dignes sur les sites, contre la suppression des contrats aidés alors qu’ils sont 25.000 dans le monde associatif sportif, pour une réelle accélération de l’accessibilité handicap, etc.

Enfin, c’est une bataille culturelle de longue haleine : nous devons démontrer que d’autres Jeux Olympiques sont possibles, simultanés avec les jeux paralympiques, respectueux de notre écosystème, à condition que leur organisation émane de la souveraineté des peuples et non des multinationales via un CIO opaque gangréné par la corruption.