L' entretien

Bastien Lachaud, Député France Insoumise de Seine Saint Denis.
Propos reccueillis par Séverine Vezies

Séverine Véziès : Vous êtes engagé dans la défense de la cause animale, quel lien faites-vous avec l’approche globale du projet que porte l’Avenir en commun ?

Bastien Lachaud : L’ Avenir en commun porte jusque dans son titre que notre programme politique consiste à créer des rapports harmonieux au sein de la société et entre la société et son environnement. Les animaux, dont l’homme fait partie, vivent dans un écosystème qui fonctionne comme un tout. Notre approche écologique doit très logiquement inclure l’ensemble des animaux : nous ne voulons pas d’un monde fondé sur l’exploitation des hommes et de la nature, nous ne le voulons pas davantage pour les animaux.

SV : Vous êtes membre du groupe d’études sur la condition animale à l’Assemblée, quels sont les objectifs visés par ce groupe ?

BL : J’ai bien peur que ce groupe serve surtout à des député•e•s de la majorité à se donner une caution, et à empêcher que les débats aient lieu en son sein. On y trouve des député•e•s qui signent de belles déclarations d’intention dans des tribunes, mais ne viennent pas voter en faveur des amendements pour interdire les pires pratiques de l’élevage. C’est une hypocrisie.

SV : Le système productif capitaliste considère l’animal comme une simple marchandise ou un intrant, la terre comme un réceptacle. Quelles mesures proposez-vous pour que l’on sorte de cette vision purement productive et utilitaire des choses ?

BL : Je pense qu’il faut créer un statut des animaux, dans la Constitution, en s’inspirant de ce qu’on fait les Belges par exemple. C’est une première avancée que d’avoir inscrit dans la loi que l’animal est un être sensible, et pas un bien meuble, mais maintenant il faut tirer les conséquences de cette reconnaissance : il y a des choses qu’on ne doit pas pouvoir faire à un être sensible. Au-delà de ça, je propose de réfléchir à la manière dont les animaux pourraient être représentés dans les débats, car nos décisions les concernent. Si les animaux pouvaient avoir leur voix représentée, on ne voterait pas pour le glyphosate, on interdirait les énergies fossiles polluantes, on interdirait la déforestation.

SV : La mal bouffe touchant en grande partie les familles défavorisées, comment leur permet-on d’accéder à des produits de qualité et/ou bio ?

BL : Par une augmentation générale des salaires, à commencer par le SMIC ! Cela permettra aussi, ce qui n’est pas un à côté de la question, de rémunérer correctement les producteurs. Mais il faut aussi un travail culturel pour retrouver le bon goût des aliments, et faire du bon manger un choix dans le budget des ménages par rapport à des produits de consommation.

SV : Les tâches ménagères étant encore majoritairement féminines, comment intégrer une entrée féministe à cette réflexion globale du bien manger ?

BL : Cela fait partie du travail culturel de valorisation de la cuisine et de l’alimentation comme une activité plaisante, digne d’intérêt, pour que tou•te•s s’en emparent, et du combat féministe pour l’égalité dans le partage des tâches comme de la charge mentale.

SV : La loi Alimentation a été adoptée à l’Assemblée Nationale le 2 octobre dernier, des mesures ont-elles été adoptées pour la prise en compte du bien-être animal ?

BL : De la poudre aux yeux, la majorité LREM a fait semblant d’interdire l’élevage des poules en cage, en réalité ils ont interdit la création de nouveaux élevages en batterie, mais ceux qui existent vont continuer à exercer leur activité. Tous nos amendements ont été repoussés : interdiction de l’élevage en cage pour les poules et les lapins notamment, du broyage des poussins mâles, de la castration et de la caudectomie à vif des cochons. Ils n’ont rien laissé passer au nom de la rentabilité des filières.