Europe

Il y a comme un « deal » dans l'air. Emmanuel Macron veut renforcer l'intégration au sein de la zone euro, tandis qu'Angela Merkel plaide pour un fonds monétaire européen.

Macron plaide officielement pour la création d’un Parlement, d’un budget et d’un ministère de la zone euro, en plus du Parlement, du budget et du commissaire européen à l’économie qui existent déjà. Le président français dit vouloir renforcer l’intégration européenne et construire une Europe à plusieurs vitesses. Son idée est extravagante à plus d’un titre : il y a assez peu d’intérêt à créer un nouveau Parlement, alors que l’actuel a si peu de pouvoir au sein de l’UE ; peu d’intérêt à créer un nouveau budget, alors qu’il est si difficile pour les États de s’accorder sur un seul budget. Bref, la proposition de Macron ne rajoute que de la bureaucratie et de la complexité à Bruxelles. Comme s’il n’y en avait déjà pas assez ! Sans compter que son idée de « noyau dur » des pays européens renforce la séparation entre pays de l’Ouest et de l’Est, et entre pays du Nord et du Sud. Pas très solidaire tout ça...

De son côté, Angela Merkel a connu bien des présidents français qui, fraîchement élus, lui ont fait part de leurs projets. Bien souvent, elle fait mine de les accepter pour mieux imposer ses vues... Tandis que Macron parlotte, la chancelière déploie son agenda : la transformation de Mécanisme européen de solidarité (MES) en véritable fonds monétaire européen, à l'image du FMI.

Le MES a été créé au plus fort de la crise. L'institution financière européenne dotée d'un capital de 500 milliards d'euros est abondée par les États de la zone euro au prorata de leur capacité. L'Allemagne (27%), la France (20%) sont les premiers contributeurs et disposent de facto d'un droit de veto. Le MES est gouverné par les États (sans contrôle du Parlement européen), il est censé garantir « la mobilisation des fonds en cas de risque de défaillance d'un de ses membres » en prêtant aux États à des taux préférentiels (Alternatives économiques). Mais cette aide n'est pas gratuite ! Elle est conditionnée aux « ajustements structurels » : allongement du départ en retraite, libéralisation du marché du travail, baisse des dépenses publiques, programme de privatisations, réduction des aides sociales etc... Bref l'austérité sans fin.

Le MES n'est cependant pas encore dans la main de la chancelière. L'Allemagne souhaiterait disposer d'un FMI « maison » pour imposer ses réformes. Berlin juge le FMI et la Commission trop laxistes envers les pays du Sud. C'est dire l'ambiance... Ainsi, avec un FME à prédominance germanique, la CDU-CSU aura tout le loisir de renforcer l'étau sur les États en difficulté. La politique de l'Allemagne demeure cohérente. Elle veut freiner toute solidarité financière, alors même que ses excédents commercial et budgétaire déséquilibrent les économies du vieux continent.

Ainsi, lors d'un sommet européen le 19 juin, Angela Merkel a accepté la création d'un budget de la zone euro d'ici 2021. Alors que Macron réclamait plusieurs centaines de milliards d'euros, elle concède à peine un budget de quelques dizaines de milliards. Mais elle avance ses pions vers un FME : si le mécanisme européen de solidarité pourra délivrer des lignes de crédits préventives à des pays en difficulté avec les marchés financiers, le MES pourra octroyer des prêts à court terme... le tout bien entendu assorti de conditions supplémentaires… soit de réformes structurelles. La main « généreuse » tient une nouvelle fois une laisse bien courte pour imposer ses vues.

Pour résumer : Macron propose une idée farfelue qui consiste à bureaucratiser encore plus l’Union européenne au motif de « relancer l’Europe », sans garantie aucune de la rendre plus efficace. Sa proposition de Parlement et de budget de la zone euro serait de surcroît une délégation de souveraineté non consentie par le peuple français. Comme d’autres présidents français avant lui, il a la naïveté de croire que Merkel accède à ses requêtes. Et il fanfaronne. Feignant la négociation, la chancelière poursuit en réalité son objectif de maîtriser les choix budgétaires des États (souverains faut-il le rappeler) de la zone euro, en avançant vers un fonds monétaire européen.

Vivien Rebière