Europe

Emmanuel Maurel a quitté en octobre 2018 le Parti socialiste pour créer le mouvement Alternative pour un programme républicain, écologiste et socialiste. En février 2019, il fonde Gauche républicaine et socialiste. Il est candidat au élections européennes avec la France insoumise.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Je suis député au Parlement européen depuis 2014. J’y travaille notamment sur les questions de libre-échange et d’évasion fiscale. Politiquement, je me définirais comme républicain, éco-socialiste et laïque.

Quel est votre parcours politique ?
J’ai milité pendant 25 ans dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’aile gauche » du Parti socialiste. Mais de renoncements en renoncements, le PS a fini par devenir la version social-démocrate du néolibéralisme, comme en a témoigné le quinquennat désastreux de François Hollande. Macron est d’ailleurs à la fois la créature et la continuation, en pire, du hollandisme. Pour moi, la rupture était donc logique et inévitable. Avec des centaines de militants, d’élus issus du PS et du Mouvement Républicain et Citoyen, nous avons créé un mouvement qui, comme son nom l’indique, vise à construire une Alternative pour un programme républicain, écologiste et socialiste.

Quelles sont les valeurs et orientations d'APRES et GRS ?
Nous défendons la République laïque, qui fournit un cadre politique assurant l’égalité de tous les citoyens et de tous les territoires. Nous prônons un « socialisme décomplexé » où la puissance publique redistribue les richesses, étend les droits sociaux et fait échec aux puissances d’argent. Nous plaçons enfin l’écologie au cœur de notre projet, car le capitalisme mondialisé menace non seulement la cohésion de nos sociétés, mais aussi, à présent, la survie même de l’humanité. Nous souhaitons affirmer une gauche populaire, fidèle à ses principes et à son histoire.

Quelles relations avec la France insoumise souhaiteriez-vous nouer ?
Avec nombre de camarades de LFI, les contacts sont anciens et soutenus. La proximité idéologique apparaissait de plus en plus évidente, il était logique de franchir le pas : celui de la convergence politique. La France insoumise occupe une place éminente, conférée par sa force militante, son programme et l’élection de 2017. Nous voulons travailler fraternellement et énergiquement à la constitution d’un nouveau Front Populaire, rassemblant les forces et les citoyens qui partagent nos valeurs de justice sociale, d’égalité et de laïcité, notre conception de la souveraineté populaire et du service public.

Quel eurodéputé voulez-vous être pour la prochaine mandature ?
Je souhaite poursuivre mon travail sur le libre-échange. On observe en effet une accélération des accords de libre-échange, avec le Canada, le Japon, l’Asie du Sud-Est, l’Amérique du Sud (la Commission a même relancé les négociations avec Trump !), indifférents aux normes sociales et environnementales. C’est une question fondamentale. Il n’y a pas de changement possible sans rupture avec la folie libre-échangiste.
Je veux bâtir des majorités alternatives au Parlement européen, pour résister à ces dérives et proposer un autre chemin, celui de la coopération et pas de la compétition, de la protection de nos industries, de notre agriculture, de notre modèle social.
L’Europe doit changer de paradigme et rompre avec l’ordo-libéralisme des traités, mais elle doit aussi proposer des projets concrets au bénéfice de tous les citoyens. J’ai fait des propositions dans ce sens et je souhaite les faire aboutir. Je pense à un véritable « Buy European Act », qui obligerait les États et les collectivités à réserver leurs marchés publics aux entreprises locales ; à une directive de protection de tout le littoral européen contre les appétits des promoteurs et de l’industrie du tourisme de masse ; ou à l’obligation pour tout État ou organisation régionale souhaitant commercer avec l’Europe, de se plier à des règles strictes de transparence fiscale.

Propos recueillis par Vivien Rebière