Europe

Fin 2018, nous avons été, une nouvelle fois, les témoins de l’orthodoxie libérale budgétaire bruxelloise. La commission européenne, gardienne des traités, a sorti son martinet pour taper sur les doigts de l’Italie dont le budget ne la satisfaisait pas. Car à Bruxelles, la dette c’est mal. Elle est devenue l’alibi pour aller toujours plus loin dans le désengagement de l’Etat et dans la baisse des dépenses publiques et notamment les dépenses sociales.

La dette publique française serait de près de 100% du PIB

La dette étant un stock accumulé et le PIB un flux de richesse produite annuellement, sur le plan comptable, cet indicateur ne présente aucune pertinence et illustre à lui seul le catastrophisme ambiant. Il ne sert donc qu’un seul dessein : effrayer. Pour lui rendre sa pertinence, il faudrait non pas comparer le niveau de la dette sur une année de richesse produite mais sur celle produite sur la durée moyenne de cette même dette. Or la dette française a une durée moyenne d’environ 8 ans. Celle-ci rapportée à la richesse créée durant ces 8 années, nous arrivons à un endettement de 12.5%. Pas de quoi s’affoler donc.

La dette serait le fardeau des générations futures

Serions-nous de viles égoïstes vis-à-vis de nos enfants ? La culpabilité étant très mauvaise conseillère, regardons les choses dans leur globalité. La notion de dette publique ne peut être dissociée de la notion de patrimoine public. Si l’Etat et les collectivités publiques sont endettés, ils possèdent également des actifs financiers (titres de participations dans des entreprises...) et non financiers (infrastructures…). La question est donc de savoir si ce que l’on possède est supérieur à ce que l’on doit. Autrement dit, l’indicateur pertinent est le patrimoine net (solde actifs moins passifs).

En 2018, il est positif et correspond à 191 milliards d’euros 1. Par contre, ce qui doit nous inquiéter c’est sa baisse observée sur les 10 dernières années, sous l’effet des politiques austéritaires. Contrairement aux préceptes libéraux, la purge de la dette ne permet pas la croissance. Au contraire, l’austérité tue dans l’œuf l’activité économique et plonge le pays dans un cercle vicieux dévastateur pour les comptes publics et les grands équilibres sociaux, dégradant alors le ratio dette/patrimoine. En d’autres termes, ce sont plutôt les remèdes libéraux qui plombent le patrimoine net que nous laissons aux générations futures.

Le problème n’est-il pas la financiarisation de l’économie ?

L’Acte Unique Européen de 1986, en libéralisant la circulation des capitaux, a favorisé le capitalisme financier. On peut posséder sans produire. L’épargne est alors drainée vers la spéculation au détriment de l’économie réelle. Les titres publics constituent des investissements rentables, sûrs et ses détenteurs réclament en retour de leur financement des réformes de nos modèles sociaux. Avec la baisse des impôts progressifs au profit des impôts proportionnels, la fiscalité se déplace des plus aisés vers les foyers moyens et les plus modestes. Ces concessions fiscales accordées à ceux-là mêmes qui ont la propension à épargner la plus élevée entretiennent un cercle vicieux : moins de recettes fiscales, plus de dette, plus de titres offerts à ceux qui financent la dette. A la sortie, double cadeau fait aux plus riches : baisse des impôts et versement d’intérêts sur la dette par l’ensemble des contribuables. Le problème de la dette, s’il y en a un, est celui du transfert de ressources des contribuables vers les détenteurs de la dette publique.

Face à cela, il est urgent de sortir de cette hystérie alarmiste et de combattre cette Europe libérale qui a fait de l’émancipation des marchés son projet politique. Lutte contre la spéculation, moratoire sur la dette, voilà des pistes raisonnables pour redonner à nos gouvernements les moyens de mettre en place des politiques au service des peuples.

Séverine Vezies

1 - Sur la base du montant de la dette publique en valeur de marché et non au sens de Maastricht. Etude du FIPECO.