France

Le 8 mars de chaque année, les femmes sont à l’honneur ! Chouette. On leur offre des fleurs, on les fête, on les câline. Allez-y, profitez mesdames, aujourd’hui c’est open-bar : une culotte offerte pour un soutien-gorge acheté, des frais de ports offerts sur le prêt à porter bébé, c’est votre journée mesdames, profitez de moins 40% sur nos produits de beauté et parfums… peut-on voir çà et là.

Mais, remettons les pendules à l’heure : la journée du 8 mars, ce n’est pas la journée de la femme mais la journée internationale de lutte pour les droits des femmes.

La lutte pour les droits des femmes ne date pas d’hier
Olympe de Gouge, militante contre l’esclavage et pour l’égalité des droits entre tous les citoyens sans distinction de sexe, de couleur et de revenu, écrira en 1791 dans sa « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » : « La femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également le droit de monter à la tribune. » Une référence osée à Marie-Antoinette à l’époque.
La femme n’a jamais eu à se battre pour obtenir le droit de travailler à la maison, dans les champs ou à l’usine, même si l’autorisation du mari ne sera levée qu’en 1965. Par contre, sur les questions d’égalité de salaires et de reconnaissance de leurs droits sociaux et politiques, le chemin fut et est encore long.
La lutte des suffragettes démarrée en 1935 n’aboutira qu’en 1944, date où les femmes se sont vues accorder le droit de vote. Simone De Beauvoir créera le scandale en 1949 avec son ouvrage, « Le deuxième sexe », qui décrit les mécanismes sociétaux de maintien de la femme sous domination masculine, théorisant ainsi le combat féministe. A partir de 1967, la loi française autorise l’usage de la contraception orale, mais pas le libre choix d’avoir ou pas un enfant. Simone de Beauvoir avec Gisèle Halimi rédige en 1971 « Le manifeste des 343 salopes » et crée à nouveau le scandale. En déclarant avoir eu recours à l’avortement ces 343 femmes signataires de la pétition risquaient gros à l’époque et nul doute que leur courage contribua à la réussite du combat porté 3 ans plus tard par Simone Veil avec le vote de la loi légalisant l’avortement en 1974. Le combat féministe de l’époque porta aussi sur la reconnaissance du viol comme un crime, ce fut chose faite en 1980. Et pourtant encore aujourd’hui les clichés sur les viols sont légions. En 1981, Yvette Roudy devient la première ministre des Droit de la femme. Elle fera votée le remboursement de l’IVG et l’égalité professionnelle. Mais comme quoi rien n’est jamais acquis, puisqu’aujourd’hui sous l’ère Macron, les droits de la femme ne font plus l’objet d’un ministère mais d’un secrétariat d’Etat…
La parité s’impose aux partis politiques en 2000. Dans les faits, bon nombre préfèreront les sanctions financières à la parité. 17 ans plus tard, on ne compte que 38.82% de femmes à l’Assemblée Nationale.

La lutte aujourd’hui
La lutte n’est pas terminée, loin s’en faut. Elle porte aujourd’hui sur deux combats majeurs : l’égalité réelle et la lutte contre les violences faites aux femmes.
Sur le premier point, alors que la loi du 22 décembre 1972 inscrit dans notre droit le principe de l’égale rémunération entre les hommes et les femmes, la réalité est tout autre. 46 ans plus tard, en 2018, les femmes en France sont toujours payées 26% de moins que les hommes. Comme si elles arrêtaient tous les jours d’être payées à 15h40. La France se situe au 129ème rang mondial sur 144. En 2017, à compter du 3 novembre, à salaire égal avec les hommes, les femmes ont travaillé bénévolement.
Sur le second point, les chiffres font froid dans le dos : une femme sur deux est victime de harcèlement sexuel, 225.000 femmes âgées de 18 à 75 ans déclarent avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles par leur conjoint ou ex-conjoint sur une année, 110 à 120 femmes meurent chaque année victimes de leurs conjoints ou ex-conjoints, une femme meurt donc tous les trois jours sous les coups d’un homme… Le combat contre les violences faites aux femmes, c’est aussi la reconnaisse légale du « féminicide ». Ces actes ne sont ni des faits divers, ni des accidents, ni des crimes passionnels. Ces femmes meurent ou subissent des violences du fait de leur condition de femme. Nommer les choses permet de lutter contre et de reconnaitre la spécificité de ces actes qui sont le fruit de la relation inégale entre les hommes et les femmes.
Le féminisme, terme utilisé de manière péjorative dans les années 50 puis vecteur puissant de conquête des droits des femmes dans les années 70, puis ringardisé, retrouve de sa verve sur les réseaux sociaux, à travers les #Balancetonporc, #Metoo, et autres processus de libération de la parole des femmes. Seulement 20% des femmes victimes de violences déclarent déposer plainte, ce chiffre a de quoi interpeler et rappeler leur fragilité. Si pour certain.e.s, ces méthodes sont choquantes, les faits parlent d’eux-mêmes avec l’augmentation des plaintes déposées par les femmes.
Le 27 février dernier, des artistes et personnalités ont lancé un appel au don pour lutter contre les violences faites aux femmes, avec un nouvel hashtag et le port d’un ruban blanc : #MaintenantOnAgit.

Maintenant on agit… il serait temps. Et pas seulement le 8 mars de chaque année.

Séverine Véziès