France

La grève de 117 jours aux Opalines de Foucherans a permis de mettre en lumière la situation catastrophique des Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées dépendantes. La France insoumise par le biais de François Ruffin et Caroline Fiat, ainsi que leurs interventions à l’assemblée nationale a lancé une prise de conscience nationale du sujet ; jusqu’alors, il régnait une véritable omerta sur la prise en charge de nos ainés dans ces établissements, les voix des soignants étaient muettes par crainte de répression de leur direction, les familles n’étaient que des captifs, et nos anciens subissaient dans le silence le burn-out des personnels impactant de facto leur prise en charge dans la dignité qui leur est due.

Une commission parlementaire flash fut très vite mise en place, nous pouvons nous réjouir sur l’unanimité du constat qui est accablant. Madame Bourguignon reconnait à l’ouverture de séance que « l’Etat ne remplit pas son devoir face à ses ainés » ce n’est pas une découverte, depuis de nombreuses années, les conditions de vie en EHPAD se dégradent aux rythmes des conditions de travail des soignants. En 2002, le journaliste Lacan faisait déjà un état des lieux, la situation était déjà déplorable.

Il faut prendre le prisme de la personne âgée dans sa globalité et non dès son arrivée dans un EHPAD. En effet, nos collègues d’aide à domicile ont les mêmes problématiques qu’en EHPAD, n’oublions pas qu’elles sont souvent seules au domicile, exerçant un métier peu reconnu, mais indispensable tant les salaires sont bas. Quand le maintien à domicile n’est plus envisageable, la décision d’être en EHPAD est obligatoire. Nous sommes face à des ainés de plus en plus âgés, plus dépendants et multi-pathologiques.

La majeure problématique s’explique par cet Etat qui conditionne le nombre de soignants par établissement. En effet, à partir du GMP et du PMP, les agences régionales de santé affectent par une enveloppe budgétaire le nombre de soignants, ce qui signifie qu’un résident hébergé dans du public ou dans de l’associatif, ou dans du privé à but lucratif bénéficiera de la même prise en charge, seule différence, le reste à charge pour le résident. Il est évident qu’en privé, celui-ci sera plus élevé.

De plus, nombre de nos ainés vendent leurs biens pour payer un établissement, ils se dépossèdent de leurs richesses acquises souvent au prix de gros sacrifices et quand la vente d’un bien ne suffit plus ce sont les générations qui suivent qui se substitue au paiement. Comment peut-on accepter que nos ainés soient dans l’obligation d’être déposséder. Nous rajoutons qu’ils ne sont pas dépossédés que de leurs biens, mais aussi de leurs histoires de vie. Les soignants n’ayant plus la possibilité de faire de l’humain, quintessence même de leur profession, leurs histoires sont oubliées, gommées. Pourtant quoi de plus beau que d’apprendre et d’écouter leurs histoires afin d’adapter notre travail, et leurs permettre une valorisation de ce qu’ils sont ?

Aujourd’hui Madame la Ministre propose une enveloppe de 150 millions d’euros supplémentaires pour les EHPAD, c’est 1.7% d’augmentation du budget. Cela représente par établissement 1 agent de service hospitalier pour deux mois, c’est un emplâtre sur une jambe de bois. C’est largement insuffisant, et inacceptable. La prise en charge de nos anciens est conditionnée à de véritables politiques d’urgence et d’anticipation. Or, rien n’est envisagé de ce coté-là, comme rien n’est envisagé sur la revalorisation des salaires des soignants, comme aucune véritable mesure de formation n’est proposée.

La journée de mobilisation du 30 janvier 2018 fut une véritable réussite, ce fut une première intersyndicale, soignants, directeurs d’établissements, familles, députés de la France insoumise, étaient dans la rue pour que l’état prenne en compte cette situation inacceptable. Il faut continuer à mener cette lutte et à porter cette cause qui nous touchera tous… le vieillissement.

Anne-Sophie Pelletier