France

A Créteil, dans le Val de Marne, la ville et les autorités locales projettent de réaliser une extension de l’incinérateur d’ordures ménagères résiduelles (OMR). Sans complexe, ce genre d’usine à été rebaptisée « Unité de Valorisation énergétique » (UVE). C’est tellement plus présentable...

Il s’agit en fait d’ajouter à l’installation existante en service depuis 1976, un troisième four, pouvant brûler 120 000 tonnes de déchets supplémentaires : OMR, déchets d’activité économique (DAE) et déchets d’activité de soin à risques infectieux (DASRI), pour répondre aux futurs besoins de toute la Région Ile-de-France. Rien moins que ça !

L’exploitation de l’installation est confiée à la société VALO’MARNE, dans le cadre d’un contrat de délégation de service public. Aujourd’hui, VALO’MARNE souhaite augmenter la capacité de ses incinérateurs. Elle annonce vouloir en profiter pour produire « une énergie durable aux habitants du territoire ». Ce qui, déjà, invalide d’emblée le projet, puisqu’il revient, à terme, à inciter à produire davantage de déchets parce que la production d’énergie ne pourra supporter une baisse d’approvisionnement.
Mais d’autres questions se posent :

L’augmentation de la capacité de l’usine est-elle justifiée ?

Les besoins de traitement en unités d’incinération des déchets non dangereux (UIDND) sont estimés à la baisse sur la période de 2015 à 2031 ( -170000 tonnes). En effet, le « code de l’environnement » modifié par la « loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte » vise une réorientation de 55 % en 2020 et 65 % en 2025 de ces déchets vers des filières de valorisation. Pourtant l’investissement est proche de 100 millions d’€uros. Sachant que la durée d’amortissement est de 40 ans, le projet prévoit de tourner à pleine capacité d’incinération sur cette durée afin de pouvoir l’amortir. C’est à dire jusqu’en 2063 !!! Cherchez l’erreur...

Le dispositif présente-t-il toutes les garanties sanitaires ?

Les unités d’incinération de déchets sont globalement néfastes à l’environnement. La réglementation nationale et européenne fixe une hiérarchie des modes de gestion des déchets :

  1. Prévention
  2. Réemploi
  3. Recyclage
  4. Incinération
  5. Enfouissement

L’argument de VALO’MARNE est d’améliorer la gestion sur l’Ile-de-France des 200 000 tonnes d’OMR enfouis chaque année. Or la Cour des Comptes conclut, dans son rapport 2017, que : « La Région Île-de-France ne respecte pas les objectifs de la hiérarchie des modes de traitement puisque le recours à l’incinération y est majoritaire (62%)». Mais en plus du fait qu’on ne gagnerait qu’un seul échelon dans la hiérarchie des solutions, un courrier entre les présidents des deux syndicats qui gèrent les incinérateurs d’Ivry et de Créteil, montre que pour la moitié de ces 200 000 tonnes d’OMR, il ne s’agirait que d’un transferts de déchet entre incinérateurs.

Or, les fumées de l’incinération libèrent des dioxines chlorées et bromées (qui sont des polluants cancérigènes selon l’OMS), des perturbateurs endocriniens, des particules fines et ultrafines … Quand on sait qu’une étude de l’agence Santé Publique France de 2016 estime la pollution aux particules fines responsable de 48 000 morts chaque année en France ! En fin de compte, ce transfert confirmera le déséquilibre de la gestion des déchets en Ile-de-France :

26 % des déchets sont incinérés dans le Val-de-Marne qui ne représente pourtant que 12 % de la population de l’Ile-de-France.

Il s’agit en fait sacrifier habitants installés à proximité, pour préserver d’autres habitants des zones moins populaires. Pour mémoire, la Ville de Villeuneuve-Saint-Georges, limitrophe, est la ville la plus pauvre du département. Cherchez le cynisme...

Va-ton créer un ensemble durable ou s’agit-il de gadgets pour verdir le projet ?

Trois installations annexes au projet seraient garants de l’aspect écolo du projet :

  • Une la station de production et de distribution d’hydrogène,
  • Un puit de carbone
  • Une serre chauffée.

La capacité de traitement du futur puit de carbone expérimental à base de microalgues, est, de l’aveu même des porteurs du projet, absolument négligeable puisqu’il captera uniquement 0,00044 % du CO2 émis par l’usine.

D’autre part, chaque tonne produite par la station hydrogène entrainerait l’émission de dix tonnes de CO2. ; c’est ainsi que 96% de l’hydrogène industriel est produit actuellement.

Quant à la serre pédagogique de production agricole, sur le papier, l’idée pourrait paraître séduisante si on omettait qu’une serre chauffée est un mode de production agricole non soutenable de fruits et légumes hors-sols, contraire au respect des cycles naturels saisonniers. Là encore, la réalité est moins … verte.

La communication sur ce projet a-t-elle été transparente ?

Une concertation préalable était organisée à ce sujet entre le 6 mai et le 13 juin 2019. Durant cette période, un registre de contributions et de la documentation sur le projet ont été mis à disposition du public dans la mairie de Créteil et sur le site Internet de la concertation. La réunion publique de clôture s’est tenue jeudi 13 juin 2019 à 19h, à l’hôtel de ville de Nogent-Sur-Marne. C’est à cette occasion que nous avons pu rencontrer les principaux opposants à ce projet :

• Annie Lahmer, Conseillère Régionale du Groupe Alternative Ecologiste et Sociale, tout comme Bénédicte Monville-de Cecco, qui plus est, élue France Insoumise, qui ont dénoncé la manière dont a été présenté le projet dans le dossier écrit servant de base au processus de concertation, ainsi que les méthodes tout à fait contestables employées lors de la concertation préalables, qui illustrent une volonté d’imposer un projet polluant et non nécessaire à des populations légitimement réticentes. Un exemple : le document de présentation ne dissimulait même pas le chantage exercé : l’usine n’accepterait de se mettre en conformité avec les normes environnementales que si elle est autorisée à augmenter sa capacité d’incinération.

• Thomas Dessalles, Membre de la France Insoumise Créteil qui appelait à rejoindre la mobilisation lors de la réunion de clôture de la concertation.

• Anne Conan du Collectif 3R (Réduire-Rentabiliser-Recycler) d’Ivry sur Seine, ville où est situé l’autre incinérateur du département et où la municipalité a organisé une consultation auprès de ses concitoyens sur cette question. Et que le Préfet du Val de Marne a immédiatement attaqué auprès du tribunal administratif pour obtenir l’annulation de la délibération du conseil municipal organisant cette consultation citoyenne.

• Enfin, Odile Delonca, présidente de l’association Affamons l’Incinérateur de Créteil (ALIC), qui promeut une politique alternative à l’enfouissement et l’incinération des déchets, et qui a de longue date dénoncé la censure et la partialité avec laquelle a été conduite cette concertation. En demandant notamment à la garante de la concertation de s’en tenir à la neutralité qui aurait dû être la sienne et de rappeler à Valo’Marne de respecter les conditions d’équité et de transparence de la concertation. En effet, à titre d’exemple, dans la déclaration d’intention qui est le document sur lequel s’appuie la concertation, VALO’MARNE s’est permis de mentionner qu’il n’y a aucune alternative à son projet : » Ainsi, du fait des engagements contractuels forts (…), il n’est pas possible actuellement de développer une solution alternative. ». Rien que ça !

Compte tenu du caractère critique la situation et des nombreux constats à charge contre ce projet inutile et surdimensionné, tous demandent de prendre le temps de la réflexion et discuter des alternatives écologiques qui existent pour le traitement des déchets. Il ne s’agit pas de faire l’autruche ou de s’opposer à tout, à tout prix, mais de répondre à l’urgence écologique.
Ce qui commence par des choix responsables partout sur le territoire...

Sources :
https://affamonslincinerateur.home.blog/
https://concertation.valomarne.fr/
http://creteil-insoumise.fr/2019/06/12/communique-delus-lfi-eelv-et-de-creteil-insoumise-sur-la-concertation-valomarne/

Bruno Isselin