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La crise financière est annoncée pour 2019 ou 2020 selon certains « experts économiques ». Et en bout de chaîne de l’économie financière, c’est d’abord une crise sociale qui a vu le jour sur les ronds-points fin 2018 en France. On l’entend de la part des gilets jaunes quand on discute… « Ils savent bien comment faire pour nous empêcher de bouger… ils nous font vivre à crédit... ».

Quelle est la situation des banques après le 10ème anniversaire de la crise de 2008 qui avait commencé par la chute de Lehman Brothers ? Le FMI se félicitait à Bâle en octobre 2018 des réformes entreprises après la crise pour consolider les banques dont les fonds propres ont été solidifiés et augmentés en qualité, suite au renforcement des normes prudentielles et réglementaires.

Les stress-tests 1 réalisés sur les établissements bancaires durant la période ont montré un assainissement de leur bilan et une diminution des pratiques risquées. Fin du Shadow-banking 2 et remplacement des activités par des outils de marché plus sûrs. La crise a eu son effet, le régulateur a réagi en renforçant les règles et les contraintes. Les dirigeants de société financières s’y sont pliés, bon gré / mal gré et cela a permis de rendre le système un peu plus sûr à défaut de le transformer radicalement.

Mais ça, c’était avant... Les mauvaises habitudes ont repris et c’est principalement par de l’endettement que les banques ont participé au redémarrage de la croissance économique. Par l’abaissement des taux d’intérêt (validé par le législateur aux USA comme en Europe) afin de maintenir l’activité. Le système capitaliste a besoin de beaucoup de croissance pour se nourrir et gagner de l’argent. La sobriété ne fait pas partie de son logiciel. Que la croissance s’appelle Uber ou montagne d’or, peu importe. Il lui en faut.

Du coup, de la dette, beaucoup de dette. On nous balance de la poudre aux yeux avec la dette publique, pour qu’on ne jette aucun regard sur la colossale dette privée : 164 000 Milliards de $ au niveau mondial dans les pays dits « développés » soit 225 fois leur PIB.

Une valorisation déconnectée de certains actifs et de certaines sociétés, permises par des achats à crédit et de la dette de financement à foison. Ainsi, le cas du patron de SFR Patrick Drahi qui a construit son empire par croissance externe (achats de sociétés hors du groupe), le tout financé par LBO3 c’est-à-dire par montage financier sur la valorisation espérée et anticipée de ces sociétés. Les subprimes d’entreprises en somme. Et lorsque ses financeurs s’inquiètent de la situation et de l’ampleur de sa dette (50 milliards d’€), il se retourne vers eux, en leur disant, « mais c’est vous qui m’avait prêté ! »… En gros, si je tombe, tu tombes !

Ajoutée à cela une insécurité grandissante et une volatilité accrues sur les marchés financiers dans toutes les bourses du monde. Le trading à haute fréquence est devenu la règle, ce qui n’arrange rien. On parlerait de 50 % des transactions aux USA et 1/3 en Europe. La finance confiée à des robots, sans analyse ni respect des fondamentaux peuvent être à l’origine de krashs éclairs monumentaux et de descentes aux enfers vertigineuses.

Ce sont donc des signes avant-coureurs de mauvaises nouvelles. Tous les voyants ne sont pas au rouge, mais certains à l’orange foncé. Et nous, nous savons qu’en bout de chaîne il y a des gens. A qui on a fait miroiter la propriété privée, la vie peinarde en périphérie. Pour ceux qui se revendiquent des gilets jaunes, pas étonnant qu’ils s’attaquent aux belles bagnoles et aux vitrines de banques. Ils ne se trompent pas de revendication en exigeant des changements institutionnels.

Car ce monde s’effondre, par tous les bouts, et seule une poignée de très riches échappent encore aux effets… Ce qui ne durera pas, inévitablement. Pour tous ceux qui savent que le système qui leur met la fin du mois de plus en plus tôt, ils savent désormais que ce système accélère aussi la fin du monde. L’expression de la colère est la première étape pour en faire quelque chose de politique. Savoir écouter et travailler cette matière est l’affaire de tous et toutes : la parole populaire est aussi un bien commun. Face à la puissance de la finance et aux désastres qu’elle engendre, nous n’avons que ça.

Benoît Lucas.

1 - tests de résistance aux crises et aux événements de marchés défavorables. Ces tests peuvent mobiliser des centaines de salariés pendant 2 ou 3 mois.
2 - Système fantôme de financement opaque permis par les produits dérivés (CDO, CDS…) principalement à l’origine de la crise des subprimes.