Vie Insoumise

Après les succès des ateliers de lois (voir le JI n° 8), on a assisté aux premières loges au lancement d’un nouveau type d’atelier, l’atelier anti-lobby. Ça a eu lieu à Ambilly au mois d’avril, et on est reparti de là avec plein d’idées. De notre envoyé spécial haut-savoyard.

Dans un café à Ambilly, je retrouve Gabriel Amard, Benjamin Siret et Julian Augé, que j’ai déjà eu l’occasion de rencontrer tous les trois, ensemble ou séparément, pour couvrir leurs activités d’éducation populaire. Ils sont affairés à griffonner sur leurs carnets, à raturer, faire des flèches, réécrire. « Qui anime le deuxième temps déjà ? » C’est qu’on sent que l’animation n’est pas quelque chose à laisser au hasard, et qu’à 17 heures, soit deux heures avant la séance, il faut encore se caler. « Jusqu’à cinq minutes avant, on est large … mais quand même ! » plaisantent les trois militants. Dernières vérifications matérielles : « j’ai fait tirer les photos en A3 couleurs plastifiés, ça a de la gueule » se félicite Gabriel avec fierté, en dégainant les objets. Il s’agit d’un « photo-langage », dispositif certainement le plus pittoresque de l’atelier, qui représente des photos de trains, de champs, de brouillard, de fruits, de robinetterie … Comment vous dire, c’est très joli mais on n’est pas venu parler politique ce soir ?

Saut dans le temps : l’atelier commence autour desdites photos disposées au sol, et Benjamin invite les participant.e.s à se positionner chacun.e derrière celle de son choix : « Je vais vous demander de me dessiner un lobby, mais comme on a oublié les feutres et les crayons, il va falloir vous servir des photos. » Dessine-moi un lobby. Nous voilà chez Saint-Exupéry ! Comme si l’éducation populaire c’était cette petite voix qui vient t’inviter à arrêter de voir le monde avec les yeux des « grandes personnes » c’est à dire avec des discours, des arguments, de la théorie, et qui te propose dans un premier temps de passer par d’autres chemins, accessibles à tous.

La discussion sur les lobbys commence ainsi avec l’expression de tous sur le choix de leur image. On interroge les représentations, ce qu’elles ont de contradictoires, d’avérées, de fantasmes.

C’est là que Gabriel Amard entre en scène. Auteur en 2014 d’un petit ouvrage sur les lobbys, Le grand trafic néolibéral, il intervient en tant que « fiche vivante » pour répondre aux hypothèses et au tâtonnements, pour stabiliser - et non pas poser - une définition de cette pratique qui gangrène la politique, et en particulier celle de Bruxelles.

C’est de lui qu’est venue l’idée de cet atelier : « J’ai compris le pouvoir et la violence des lobbys le jour où Suez environnement a payé un cabinet de lobbying pour discréditer mon action en tant qu'élu, parce que je refusais de reconduire le contrat d'achat d’eau, au profit d’une régie publique. Leur travail, il est discret, il est secret. Avec un atelier comme ça, on cherche à mettre un coup de projecteur dessus, et à montrer le lien entre les colères des citoyens et l’action souterraine des lobbyistes de Bruxelles. L’idée étant qu’une fois qu’on a ciblé l’adversaire, on va s’organiser pour lui pourrir la vie à son tour, et ainsi faire tomber les masques. »

La suite de l’atelier se présente comme un entraînement à se mettre dans la peau de l’adversaire. Du vrai Sun-Tzu politique, l’art de la guerre aux multinationales. Ainsi des petits groupes se forment pour réfléchir aux moyens qu’ils mettraient en place s’ils devaient agir au parlement pour le compte d’une multinationale de l’eau, de l’agro-alimentaire, du tabac, ou des télécommunications, par exemple. En plénière, Gabriel Amard confirme ou infirme, selon l’expertise qu’il s’est constituée sur le sujet. Puis vient le temps de la stratégie : maintenant qu’on sait comment ils travaillent, comment faire pour les contrer ? Des stratégies sont élaborées et proposées une à une au cours d’un « débat mouvant » qui permet de voir sur quelles forces on pourrait compter dans l’hypothèse d’une action de désobéissance, d’une pétition internationale, voire d’un « hacking citoyen » !

Après trois heures d’atelier, les participant.e.s repartent avec le sourire, désireux de se retrouver pour peaufiner leur stratégie, et d’en découdre avec cet ennemi beaucoup plus concret. Des forces vives pour appuyer le travail de nos futur.e.s euro-député.e.s ?

David Séchard