Vie Insoumise

Deux insoumises de Cholet, Béatrice et Elisabeth, vont à la rencontre de Kévin, un insoumis et Annick, tous les deux locataires au 5bis de la rue des Hortensias. Il et elle nous racontent le combat des habitants du HLM contre le bailleur, Maine-et-Loire Habitat. Et, tout à commencé au jardin partagé...

Béatrice : Comment et quand avez-vous décidé d’agir ensemble ?

Annick : Début 2016, en jardinant avec les voisin-e-s, Jean-Jacques décrivait les champignons qui poussaient sur les tuyauteries. Nathalie parlait de ses problèmes de santé qui s’aggravaient à cause de l’insalubrité de son logement.

Kévin : Il y a un an avant mon arrivée, les peintures avaient été toutes refaites mais des moisissures réapparaissent, le cache misère n'aura pas duré longtemps ! Malgré des demandes individuelles faites au bailleur, rien ne se passait.

A :En mars, nous avons décidé que Damien et Kévin iraient frapper aux portes des 20 logements, feraient des photos des problèmes d'humidité et les déposeraient au bailleur. Le jour même, un agent se déplace puis…plus rien.

Elisabeth : Quelles actions avez-vous mises en place ?

A : Nous avons contacté l’ADIL 49 (Agence Départementale d’Information sur le Logement) et avec leur aide, nous avons envoyé le 27 avril, un courrier en recommandé. Mais, il ne se passe toujours rien. Ensuite, l'ADIL nous a conseillé d’avoir des preuves scientifiques mettant en évidence les problèmes de santé. C’est pourquoi, fin juin, avec l’appui de nos médecins traitants, nous avons demandé l’intervention d’un conseiller médical en environnement intérieur du CHU. Différents prélèvements des moisissures et des champignons sont effectués et mis en culture. Fin août, il rend un rapport sans équivoque sur la prolifération de moisissures allergisantes entraînant des risques élevés pour la santé. Ce rapport est envoyé en copie à l'ARS (Agence Régionale de Santé), au maire et au bailleur. Nous poursuivons en contactant l'ARS qui ne se déplacera pas car elle considère qu’elle est en lien avec le bailleur et que cela suffit ! Du côté du maire que nous avons rencontré durant l'été, rien non plus ! On n'est pas écouté.

E : Comment avez-vous réussi à les faire bouger ?

K : Ce qui a tout déclenché, c'est l’article publié dans le Courrier de l’Ouest le jeudi 28 septembre dans lequel nous présentons la situation et demandons une rencontre avec le bailleur, le maire, le CHU, l’ARS et les locataires. Une réponse arrive dès le lendemain dans la presse par M Ratier, directeur clientèle. Au passage il s'est permis de recadrer le journaliste, il fallait qu'il contacte Maine-et-Loire Habitat avant de publier l'article ! Et, nous apprenons dans l'article que les travaux vont débuter dès le 2 octobre, c'est à dire le vendredi pour le lundi ! Pour le remplacement de la chaudière, nous avions été prévenus 1 un mois auparavant ! Pourquoi se manque de communication ?

B: Avez vous réussi à rencontrer le bailleur ?

A : Oui, grâce à Mme Chupin de CLCV (Consommation, Logement, Cadre de Vie). Elle était plutôt médiateur. M Ratier et M Grégoire, responsable de l'agence, se sont trouvés déstabilisés car ils ne pensaient pas que nous serions là. Nous étions 4 et avons pu poser nos questions et dire nos ressentis : « Pourquoi être obligés d’en arriver à ça et d’aller jusque-là ? Pourquoi, quand vous recevez les courriers, ne faites-vous rien alors que vous répondez plus vite par voie de presse ? ».

Les réponses qu'on nous fait sont : «Êtes-vous sûr que vous aérez suffisamment votre appartement ?» ou bien nous recevons des conseils de M Ratier : «Il ne faut pas coller les meubles aux murs pour laisser l’air passer !»

B : Comment avez-vous obtenu un planning des travaux ?

A et K : En ne lâchant rien. (Rire)

A : Et en cherchant des alliés comme INDECOSA de la CGT qui nous a aidés à obtenir ce planning avec les délais d'exécution. C'est notre première petite victoire et nous sommes contents.

K : Les travaux ont débuté et nous avons découvert que des parois extérieures sont en aggloméré, les fenêtres à double vitrage ont été fixées sur les montants en bois de l’époque de la construction, pas étonnant que tout cela prenne l’eau.

E : Qu’est-ce que ce combat vous a apporté ? A-t-il renforcé les liens ?

A : Oui. Maintenant, on se connaît mieux. On sait qu’on peut réussir des choses ensemble. Mais cela demande du temps, de l’énergie même si on nous dit que 8 mois pour obtenir quelque chose, c'est rapide. On a pris conscience de notre force collective à travers toutes nos actions, comme aussi la lecture collective des courriers “vides” du bailleur.

K : C’est important de témoigner pour que d’autres qui rencontrent les mêmes problèmes prennent conscience qu'ils peuvent agir ensemble et qu'ils ne sont pas seuls pour défendre leurs droits. La honte doit changer de camp.

B : Et la suite ?

A : Nous venons d'obtenir une réunion publique car certains travaux sont effectués dans seulement 7 logements et il n'est pas pensable pour nous qu'ils ne se réalisent pas dans les 13 autres. La lutte continue et l'ADIL nous encourage à faire une demande de dommages et intérêts.

A et K : Merci à Maine et Loire Habitat d'avoir initié le jardin partagé, en souhaitant tisser du lien entre les locataires : ils ont atteint leur objectif.

B et E : Un beau témoignage de ces habitants qui, en s'auto-organisant, ont su prendre en main leurs problèmes pour un meilleur quotidien.